je viens d’une ville où les papas meurent trop tôt

l'Usine en 1955
l’Usine en 1955

La petite ville dans laquelle j’ai passé la plus grande partie de mon enfance est construite autour d’une usine de la métallurgie : une aciérie. C’est cette activité qui a créé la ville tout entière et qui en a tissé le développement économique avec ses hauts et ses bas.

Et de fait, c’est cette activité qui a procuré un revenu à des centaines d’ouvriers qui ont choisi cette option pour faire vivre leur famille. Et quasiment tous mes amis d’enfance avaient un papa qui travaillait à l’Usine (oui, on le disait comme ça, avec un U majuscule). Dans nos têtes de petits humains, c’était un lieu secret où il se passait des trucs forcément dingues et dont nos papas ressortaient complètement claqués (dans mon cas, ce n’était pas mon papa biologique mais c’était pareil – et si vous voulez comprendre cette phrase, allez lire mon autofiction sur Wattpad – je publie un chapitre chaque dimanche ;-)).

A l’époque – mais je crois que ça n’a pas beaucoup changé – ils étaient nombreux à « faire les 3×8 », une organisation du travail où les horaires changeaient toutes les semaines en alternance : une semaine du matin, une semaine du soir et une semaine de nuit. Il y en avait même qui faisaient les « 5×8 », le pire qui existe en matière de travail posté (on le sait maintenant parce que de nombreuses personnes ont étudié les dégâts occasionnés sur le corps et la tête des ouvriers). Les « 5×8 » c’est 3 jours du matin, 2 jours de pause, 3 jours du soir, 2 jours de pause et on finit par 3 jours de nuit et 2 jours de pause avant de recommencer le cycle à l’infini. Sur le papier, ça pouvait séduire mais en vrai, puisque le corps n’a pas le temps de s’habituer, on l’use prématurément. Avec les « 3×8 » aussi, on l’use…

Ces rythmes de travail inhumains ne sont pas les seuls responsables du départ prématuré des papas vers l’au-delà. Comme je l’ai dit plus haut, l’Usine fabrique des alliages de tous types dans tout un tas de formats : des plaques, des fils, des tout petits bouts… Et c’est une industrie extrêmement polluante (et évidemment située en bordure d’une petite rivière et d’un fleuve, histoire de refroidir les machines mais aussi de faire disparaître tout ça ni vu ni connu).

Lorsque j’étais petite, les grosses cheminées crachaient assez régulièrement des fumées oranges très épaisses mais quand on posait des questions ou qu’on toussait un peu trop, on nous répondait que « ce n’était rien » ou « pas grave » et qu’il valait mieux ne pas ouvrir les fenêtres quand même, mais juste « au cas où »… On entendait également souvent les sirènes de l’usine (déclenchées en cas de pollution dans la rivière ou le fleuve) mais ça non plus, ce n’était pas grave. Bon, les grands nous conseillaient quand même d’aller pêcher avant l’Usine – et pas après. Mais bizarrement le conseil n’était pas le même pour le club de kayak qui s’entraînait sous le pont (et donc, après l’Usine). Voilà, voilà…

Et donc, ça plus ça plus le fait qu’à l’époque fumer deux paquets de gitanes maïs par jour et boire un litre de vin rouge (litron qui avait été, pour les plus anciens, fourni par l’Usine – c’était indiqué sur leur contrat de travail) n’étaient pas considérées comme des addictions dangereuses. Et bien tout ça mis bout à bout fait que nos papas sont tous morts plus tôt que prévu de maladies dégueulasses.

Alors maintenant, l’Usine met en place des procédures anti-pollution et tout un tas de formations « Santé et sécurité » (ah bah oui, j’ai oublié de dire qu’ils étaient également nombreux à mourir sur leur poste parce que leurs tâches étaient évidemment dangereuses et les conditions de travail très difficiles – imaginez-vous en train de bosser à côté d’une énorme marmite de métaux en fusion) mais tout le monde sait bien que rien de tout ça ne fonctionne réellement et que c’est organisé pour couvrir l’Usine au cas où. Encore aujourd’hui (je connais des personnes qui travaillent en son sein), les trucs chimiques déversés dans la rivière ne « sont pas toxiques ». Il n’y a pas de soucis à se faire.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, quoi !

convalescence

Reims, cathédrale Notre-Dame, portail principal

convalescence

aujourd’hui, j’ai fait l’école buissonière du yoga

c’est mal mais vous en déduisez donc que maintenant je fais du yoga

c’est chouette

par ailleurs – et cela n’a rien à voir – hier, on m’a proposé de faire partie de la liste socialiste pour les prochaines élections municipales de ma commune

évidemment j’ai dit non

de plus, depuis quelques mois j’entends et je prononce quotidiennement des mots comme jonction occipito-temporale ou test d’homogénéïté des variances

je me reconstruis, je retrouve ma vie

retour dans ma vraie vie

Tambours_du_bronx_bidonAlors les amis, y’a du lourd mais je n’ai pas le temps de développer aujourd’hui :

1. je reviens de Bourgogne, le vin y est toujours aussi bon et les garçons sont toujours aussi beaux, surtout un en fait que j’ai revu lors du mariage d’un couple d’amis de 25 ans (ouais, c’est là où je me dis que je suis vraiment une vieille personne). Je crois que je viens d’avoir mon troisième coup de foudre (les deux premiers se sont soldés par deux grandes et longues histoires d’amour difficiles). C’est un peu compliqué de vous expliquer le pourquoi du comment je suis sûre que c’est le troisième vu qu’en plus, on s’est dit 4 phrases qui se battaient en duel, mais là, je suis sûre ! Si sûre que j’ai fait un truc dont je vous parlerai plus tard si ça me prend de le raconter… Bref, je vous tiens au courant.

2. je reprends mon travail !! Je ne parle pas de celui dont on m’a virée mais de mon travail, le vrai, celui pour lequel j’ai fait 8 années d’études après le bac, celui qui m’a nourri jour et nuit et que j’ai lâchement abandonné il y a 8 ans parce que Lui ne voulait pas partir à l’étranger (y a des fois, je suis trop conne, bref). Alors, je ne m’enflamme pas parce que c’est un contrat d’un an mais purée de pois que je suis heureuse (^_^).

méchante !!

mechante

Alors oui, attention : je suis une méchante fille !!

Ma copine qu’est toujours au boulot (la pauvre) m’a dit que les autres sont très choquées que j’ai ramené chez moi tous mes supports pédagogiques (en fait, j’ai pris bien garde à laisser ceux dont elles auraient besoin).

C’est bizarre qu’elles soient choquées. Je ne comprends vraiment pas pourquoi et surtout je ne comprends pas pourquoi AUCUNE d’entre elles ne m’en a parlé alors que je partais…

Mais c’est vrai que quand on veut voir le mal chez quelqu’un, on le voit forcément. Aucune n’a imaginé que j’avais pris mes supports pédagogiques pour faire tout simplement ce que tout enseignant digne de ce nom fait pendant son congé sabbatique : le tri et la ré-actualisation de ses cours… Ben non, elles ont préféré croire… je ne sais même pas moi ce qu’elles croient.

Ah si, sûrement que je suis une méchante fille !! Bouh, je suis méchante…

Brassens –  » quand on est con  » par bisonravi1987