tout près, trop près – continuer à fuir est la seule option

Elle est là, tout près. Je suis plus proche d’elle que je ne l’aie jamais été depuis plus de 20 ans. A peine 70 km, j’ai regardé sur internet. Son adresse est dans l’annuaire.

Lorsque je partirai de la région d’ici 3 jours, après avoir vu les fameuses falaises, je serai encore plus près – 50 km tout au plus.

Je m’imagine roder dans le village pour la voir sans qu’elle me voit. Pour savoir où elle vit, comment elle vit, même si je m’en doute.

Mais c’est trop risqué. Si je la croise, elle me reconnaîtra, forcément. Je n’ai pas beaucoup changé malgré les cheveux blancs. S’ils étaient toujours courts peut-être, mais ils ont poussé.

Je ne sais pas si j’irais.

Rien à voir avec du courage. Je me dis que peut-être, lui dire en face, ça fera tout cesser ; cette putain d’angoisse qui me prend certaines nuits.

Mais la vie ne ressemble pas à ça. Ce qui se passerait, probablement, c’est que ça relancerait les appels (les siens et ceux de sa clique).

Et puis il y a l’autre, son frère, auprès duquel je vais aussi passer, plus au sud. Il habite toujours au même endroit.

La seule que je voudrais voir et avec qui je voudrais tout régler, je n’ai aucune possibilité de savoir où elle est. Elle a du reprendre son nom de jeune fille après le divorce. Elle s’est peut-être même remariée. Je n’ai que son prénom et son visage fixé à tout jamais dans ma tête, depuis mes 8 ans. Sûre que si je la croise un jour, même vieillie, je la reconnaîtrais.

Mes fantômes sont tout près, trop près et je pense que je vais seulement continuer à les fuir.

le camping se remplit mais ça ne fait pas le bonheur de tout le monde

le camping se remplit
Photo by Blake Wisz on Unsplash

Je suis arrivée hier en fin de journée. Installée non loin de l’accueil dans un premier temps, j’ai rapidement déménagé pour un endroit plus calme, non loin d’une cycliste.

C’est un camping municipal. J’aime ce genre d’endroit. Pas de piscine ni d’animation. Des sanitaires à peu près propres (tous ne sont pas ouverts – ils le seront sans doute cet été). Une salle télé et une salle de repas fermées toutes les deux (dommage, des orages sont prévus, cela nous aurait peut-être rapprochés). Il n’y a aucun enfant à l’horizon mais chaque couple est doté d’un chien.

Ce matin, plusieurs camping-cars sont partis (c’est la mode des camping-cars, il n’y a presque que ça ici). Une seule tente, celle de la cycliste. Depuis le milieu de l’après-midi, le camping se remplit doucement.

Deux jeunes couples de gens du voyage viennent d’arriver. Je suis étonnée de leur présence dans un camping d’une part et aussi de la richesse apparente de leurs deux caravanes et de leurs deux fourgons. Mais ce n’est pas tout, une des jeunes femmes est arrivée au volant d’une voiture grise rutilante tirant une remorque. Je les observe de loin et je suis fascinée. Les deux hommes ont réglé l’installation du campement en quelques minutes – ils ont sans doute l’habitude.

Leur arrivée semble gêner les deux couples de sexagénaires en camping-cars installés de l’autre côté de l’allée. J’ai entendu l’un des deux hommes bedonnants dire à sa compagne puis à l’autre homme (qui s’est sans doute empressé de rapporter l’affaire à sa dame, retranchée dans son logis mobile) que quand même ça allait bien et qu’ils (les jeunes) prenaient beaucoup de place (bon c’est vrai que leurs caravanes sont énormes). Son interlocuteur a opiné du chef plusieurs fois d’un air entendu en regardant les jeunes par en dessous. Du coup, ils ont sorti une table supplémentaire – pour occuper plus de place afin j’imagine, de ne pas se faire envahir par l’ennemi.

Une des jeunes femmes s’est immédiatement mise à nettoyer les voitures de fond en comble : aspirateur, nettoyage à l’eau savonneuse de l’intérieur puis de l’extérieur. Pendant ce temps-là, les hommes ont déployé ce qui se trouvait dans la remorque mystérieuse : une cuisine d’extérieure complète. Tout cet équipement a du coûter un bras. J’imagine qu’ils et elles ont du bosser comme des dingues pour se payer tout ça.

Je me sens inexorablement attirée par eux. Je ne sais pas trop pourquoi. J’ai envie de leur poser des tas de questions mais je ne le ferai pas. Je suis trop timide et puis, nous ne sommes pas de la même génération. Ils trouveraient sûrement ça pénible qu’une vieille dans mon genre viennent les interroger. J’aimerais les interviewer pour mon podcast. Je suis sûre qu’ils ont des choses à m’apprendre sur le bonheur et sur la liberté, ces quatre-là.

Nous venons de friser le psychodrame ! L’un des jeunes qui revenait de la douche a pénétré sur la parcelle des deux bedonnants d’en face (c’est le chemin le plus court pour rejoindre sa caravane). Il a été vertement tancé, comme il se doit ! Après de plates excuses, les bedonnants se sentaient tout ragaillardis. Du coup, ils viennent de sortir l’apéro pour fêter ça.

Trois mots qui m’empapaoutent

Vous vous doutez bien que ces mots ne m’empapaoutent pas mais qu’ils m’emmerdent me saoulent. Certainement parce que je les ai trop lus et entendus, parce qu’ils sont vidés de leur sens. Et sans doute aussi parce que dorénavant, ils sont souvent – bizarrement, comme c’est bizarre… – prononcés par des personnes qui font tout le contraire de ce qu’ils annoncent.

C’est donc une sorte de palmarès rapide. J’ai échoué à les classer alors je vous les livre tout à trac.

Les co-kekchose

Co-construire, co-concevoir, co-vousmettezbiencequevousvoulezderrière… Y’a un truc corporate qui me gêne grave avec ce genre de mots. Un truc qui sonne comme le ou la manager qu’est allé.e faire un stage de reboosting et de team building et qui pense que l’emploi de ce genre de vocable fera passer la pilule du prochain renforcing du reporting…

Réenchanter

Dernièrement, j’ai essayé de lire un rapport d’un think tank. Le sujet m’intéressait vraiment mais le truc m’est littéralement tombé des yeux (et pas des mains puisque j’étais devant mon ordi – je précise pour celles et ceux qui se seraient éventuellement posé la question) tellement il était plein de réenchantements de mes fesses. C’est dommage parce que je me dis qu’il y avait peut-être des idées intéressantes dans ce rapport. Enfin, je dis dommage mais en fait, je n’y crois même pas ; je suis plutôt partisane de l’idée que les gens avaient du se sentir obligés de décorer leur rapport avec des mots à la mode tellement il devait être vide.

And the last but not least

Bienveillance

Je crois que là, je n’ai pas besoin d’expliquer pourquoi ça me gonfle.

Et sinon, un petit tour du côté de Franck Lepage, histoire de rigoler 5 minutes :

Sur ce, je vais aller co-laver mon linge au lavomatique, histoire de réenchanter ma penderie en toute bienveillance…

Et vous, quels sont vos trois mots insupportables du moment ?

Ecriture et architecture

Photo by Peter Herrmann on Unsplash

J’ai participé hier à un atelier d’écriture organisé par la médiathèque et le CAUE de Nevers. Si vous êtes comme je l’étais avant hier et que vous ne savez pas ce qu’est un CAUE, je vais vous expliquer ça rapidement mais le mieux, c’est que alliez visiter le site internet de la Fédération Nationale des CAUE. En gros, ce sont des architectes qui se mettent au service de tout le monde (collectivités, particuliers…) gratuitement (vu qu’ils et elles sont payé.es par ailleurs) pour conseiller les gens qui ont des projets. Les CAUE sont répartis un peu partout sur le territoire et font aussi des formations, éditent des brochures d’infos…

Voilà, maintenant vous savez tout.

Nous n’étions pas très nombreuses (deux hommes seulement sur 6 personnes donc je me permets – vu qu’ici, je suis chez moi et que je fais donc comme je veux – de féminiser le tout) et nous avons travaillé pendant un petit peu moins de deux heures.

Pauline, l’animatrice (donc j’ai oublié le nom), nous a proposé d’écrire à partir de déclencheurs (des photos, des listes de mots…). Bon, il s’agissait plus d’exercices, de jeux autour de l’écrit que d’écriture proprement dite selon moi, puisque nous n’avons pas rédigé de véritables textes. L’architecture était le thème général et nous l’avons abordé par la tangente, ce qui m’a plu parce que j’avais peur en y allant de devoir écrire des descriptions longues et rébarbatives de bâtiments modernes absolument affreux.

J’ai quand même réussi à pondre trois paragraphes de ce qui pourrait peut-être bientôt devenir une nouvelle pour ce blog. Ce n’est pas encore sûr sûr mais je crois que je tiens le début de quelque chose – la preuve en est que depuis ce matin, des phrases tournoient toutes seules dans ma tête et que, quand il y en aura trop, il faudra bien que ça sorte, nom d’une pipe !

Enfin, je dis ça mais parfois, ça se forme et si je n’ai pas le temps (pas l’énergie) de coucher les phrases sur un papier (ou plutôt dans un fichier texte), ça s’évapore et je ne retrouve rien.

C’est d’ailleurs assez chiant pénible comme truc. Et même si j’ai l’occasion de les écrire quelque part (dans mon téléphone, dans des carnets, sur des fichiers un peu partout sur mon ordi), je me retrouve avec un amoncellement de bribes de poèmes, de chansons, avec des phrases isolées ou des débuts de texte sans queue ni tête. Tout ça en vain puisque la plupart du temps, je n’en fais strictement rien comme si, une fois l’impulsion passée, ce qui me paraissait digne d’intérêt et me farcissait le crâne pendant parfois plusieurs jours d’affilée, n’était qu’une fumée sans feu, une belle perte de temps et d’énergie. Il m’arrive de retomber dessus par hasard. Parfois j’aime, parfois je déteste.

Ça vous fait ça à vous ? Et si oui, comment faites-vous pour vous en sortir, concrètement ? Acceptez-vous sagement la perte ou au contraire, vous précipitez-vous sur la moindre flammèche pour la transformer en feu de joie ?

Sinon, en ce moment j’écoute ça – j’aime beaucoup à la fois les paroles (ça résonne grave dans ma teutê :-D) et la musique :

Bon allez, je vous colle les lyrics, histoire qu’on chante toutes en cœur ! Oooooooh !

[Verse 1]
Then I hear you leave
And I’m happy
Just for a moment I’m free
Then it dawns on me

Then our time has passed
Now it won’t last

And I’m getting nowhere fast
That’s a fact

[Pre-Chorus]
Peace to the night

Saw what I was really like
Start with a kiss
End with a fight

Peace come and go
Acting like you didn’t know
That I have lost my head

[Chorus]
Oooooooh
Oooooooh

And I’ll leave
So I know that you have your doubts

Oooooooh
Oooooooh

And I’ll leave
But I swear that I’m better now

[Verse 2]
Can you honestly
Live without me?
Cause you miss the fire
You can’t disagree

[Pre-Chorus]
Peace to the night
Saw what I was really like
Start with a kiss
End with a fight

I love a fight

[Chorus]
Ooooooooooh
Ooooooooooh

And I’ll leave
So I know that you have your doubts

même pas peur

Artistic work of painting representing salsa and bachata dancing croud night entertainment (source Getty images)

J’aimerais bien vous raconter mes aventures romanesques et mes amourettes sans importance mais bon, comment vous dire ça simplement : y’en a pas !

Je suis en pleine traversée du désert sentimental mais je vais plutôt bien. Comme si j’étais en train (en vrai) de me réapproprier ma vie. C’est fou parce que ça ne devrait pas. Sur le papier, ça ne paraît pas foufou : je suis de nouveau à Nevers, je suis au chômage (enfin, je ne gagne toujours plus ma vie avec mon activité professionnelle), je n’ai pas de mec et pas l’ombre d’un intérêt sexuel pour quiconque (à part pour Melvil Poupaud et Pio Marmaï mais ça ne compte pas), j’habite dans un studio de 15 m2 sans jardin, je n’ai même pas de chat et en plus, il caille grave…

Sur le papier donc, je devrais voir la vie en noir sombre. Sauf que, comment dire, je vais carrément bien. Je dirais même que j’aime de nouveau ma vie. Dingue ! J’en suis la première surprise.

La dernière fois que j’étais dans cet état mental, j’étais à Bordeaux et je vivais dans des conditions qui n’étaient pas du tout les mêmes. La seule chose en commun entre ces deux moments de ma vie, c’est que je n’avais pas de mec. Je n’irais pas jusqu’à dire que ceci explique cela mais quand même, ça me pose question…

Pour vous dire à quel point je me sens de mieux en mieux, j’ai commencé une nouvelle activité. Ça m’a pris un peu d’un seul coup. J’ai passé un coup de fil et paf ! Je me suis retrouvée le premier mercredi de janvier dans une salle avec d’autres personnes à essayer de lutter contre ma répulsion naturelle à être touchée par des gens que je ne connais pas.

Je vous vois venir : non, je n’ai pas commencé les partouzes ! En fait, depuis le 5 janvier, je passe mes mercredis soir à danser la Bachata. Et franchement, ce n’était pas gagné que j’aime ça ! Pour tout vous dire, c’était même le contraire. OK, j’adore danser depuis toujours (en soirée, je peux facilement danser pendant 2 ou 3 heures d’affilée). Mais je déteste qu’on m’impose quoi que ce soit à ce niveau, que ce soit des mains sur mon corps ou des pas imposés (je hais carrément les bals trad pour cette raison).

Donc là, on partait très très mal : c’est l’homme (ou la personne qui joue ce rôle) qui guide et qui indique à sa partenaire ce qu’elle doit faire, on danse très très (je vais en mettre un autre) très près l’un de l’autre, avec des figures très codifiées et le premier monsieur avec qui j’ai du danser s’était apparemment lâché sur les oignons et soufflait pas mal en comptant ses pas (merci le masque mais tu pourrais quand même mieux faire ton boulot, pfff). Sauf que j’y suis retournée la semaine suivante et encore celle d’après…

Je suis en plein franchissement des limites de ma zone de confort ; je suis gênée aux entournures et pas qu’un peu (genre hier soir, un gars m’a quand même dit « laisse-toi faire », ce à quoi j’ai répondu « évite de dire ce genre de choses à une femme, quand même, c’est limite ») mais quand je sors de la salle à 21h, dans le froid et la pluie, je suis heureuse.

Bon, je vous mets quand même une vidéo de Bachata (ah oui au fait, je n’aime même pas ce genre de musique) pour que vous vous rendiez compte de ce à quoi la chose devrait ressembler (bon, avec le groupe, on n’en est pas là, hein ! – on ne s’embrasse pas à la fin) :

Je mesure l’étendue des limites que je vais devoir encore franchir. Souhaitez-moi bon courage les amishes !