tiens, encore une

J’ai participé au premier concours de nouvelles de la ville de Boé. Et puisque je n’ai pas été sélectionnée parmi les lauréat.es, vous pouvez lire ma production ci-dessous.

Je me suis vraiment amusée à écrire quelque chose qui ne ressemble pas à ce que j’écris pour un public ado (ce n’était pas dans les consignes du concours mais j’avais envie).


Tiens, encore une !

Vanille se leva de mauvaise humeur. Elle avait très mal dormi. Soso n’avait pas arrêté de feuler contre un ennemi imaginaire. Il avait fallu qu’elle la chasse de la chambre pour réussir à retrouver un peu de calme et mine de rien, ça l’avait contrariée – qu’elle aille au Diable, cette maudite chatte !

Aujourd’hui, elle fêtait son quinzième anniversaire et la journée promettait d’être horriblement longue étant donné qu’elle avait eu l’interdiction formelle d’inviter ses copines et de sortir de la maison. La famille avait parlé d’une seule voix et si elle avait bien appris quelque chose ces quinze dernières années, c’était qu’elle n’avait vraiment aucune chance de gagner face aux trois autres.

Lorsqu’elle descendit de son antre sous les toits, prête à tirer une tête de six pieds de long pour bien signifier toute l’étendue de son désaccord, son téléphone se mit à vibrer dans la poche de son jogging. Sûrement Laura qui voulait être la première à lui souhaiter son anniv’ – sauf que, dommage Laura, Bastien l’avait devancé en lui envoyant un sms à minuit une ! Alors qu’elle sortait son téléphone pour répondre, elle se prit les pieds dans la carpette (mais quelle idée stupide de mettre des tapis partout !) et dévala les vingt marches et des poussières, sur les fesses, jusqu’au matelas de Lady Carla (le bichon frisé adoré de sa grand-mère).

Réveillée en sursaut par tout ce bruit, la fameuse Lady ne trouva alors rien de mieux à faire que de lui mordre l’avant bras. La journée commençait sur les chapeaux de roue.

A la place de son bol de chocolat chaud habituel, Vanille trouva sur la table de la cuisine une tasse remplie d’une mixture pas très ragoûtante.

“- Nan mais là, c’est une blague. Maman ?! Maaaaaaaaman ?! C’est quoi le truc sur la table ?

– C’est pour toi, c’est du Breuch.

– Hein ?!

– Du Breuch, un mélange de plantes. C’est un breuvage traditionnel qu’on sert aux jeunes filles pour leur quinzième anniversaire.”

Vanille avança doucement son nez de la tasse. Décidément, sa mère devenait de plus en plus zarbi avec les années. Du Breuch ? Elle n’avait jamais entendu parler de ça. Laura, qui avait fêté ses quinze ans depuis déjà deux mois, n’aurait sûrement pas manqué de le lui raconter si elle avait été obligée de boire un truc aussi dégueu.

“- Oh, put*, purée de pois mais c’est quoi cette odeur de pourri ? Il n’est absolument pas question que j’avale ça. No way !”

Constance se rapprocha de sa fille et lui chuchota alors que la boisson avait été préparée par mémé Victoire et qu’elle serait très vexée si elle ne l’avalait pas. Sans compter que si elle refusait de le boire, elle n’aurait pas ses cadeaux.

“- Allez Vanille, fais plaisir à mémé. Bouche-toi le nez. Tu verras, ça passe tout seul.”

La jeune fille réprima un haut-le-cœur, s’imagina le nouvel Iphone qui devait l’attendre tranquillement dans sa boîte et engloutit l’immonde tisane sans moufter.

Victoire et Constance applaudirent des deux mains en poussant des houhou, ce qui fit apparaître Marie-Louise à la porte de la cuisine.

“- Que se passe-t-il ?

– Rien de spécial, Vanille a bu son Breuch, lui rétorqua Constance.

– Non mais flûte alors. Nous nous étions mises d’accord : nous devions être toutes auprès d’elle pour chacune des étapes. Vous auriez pu m’attendre tout de même !”

Vanille roula des yeux parce qu’un petit détail de ce que venait de dire sa grand-mère ne lui avait pas échappé.

“- Euh, des étapes ?! C’est quoi ce gros délire ? Ne me dites pas que je vais devoir avaler d’autres trucs infâmes !”

Les trois femmes alignées devant elle baissèrent les yeux. Le silence se fit tellement épais que Vanille eut l’impression d’entendre les remous de la Garonne, pourtant située à deux cents mètres de la maison.

« – Bon, bon, bon. Je vois que vous êtes toutes bien courageuses ce matin. Vous savez quoi ? Je vais aller me doucher et quand je ressortirai, faudra qu’on cause ! » Sur ce, elle sortit de la cuisine en claquant la porte.

La douche lui fit le plus grand bien. Alors qu’elle se séchait les cheveux, elle se dit qu’elle avait peut-être été un peu dure avec les trois femmes qui constituaient la totalité de sa famille. Après tout, elles avaient toujours été là pour elle. Peut-être même qu’en fait, elles lui avaient préparé une grosse surprise et qu’elles avaient invité tous ces amis en douce. Lorsqu’elle sortit, elle avait retrouvé sa bonne humeur habituelle et ne leur en voulait déjà plus pour ce début de journée difficile.

Cependant, en rentrant dans la cuisine, elle s’aperçut que ses belles hypothèses étaient peut-être erronées puisqu’elles affichaient leur tête “l’heure est grave”. Pendant deux secondes, Vanille se dit qu’elles étaient bonnes comédiennes même si elle n’avait jamais eu l’occasion d’admirer ce talent caché jusqu’à présent.

Son arrière grand-mère toussota puis lui demanda de s’asseoir d’une voix qu’elle voulait grave mais qui dérapa inexorablement vers les aigus.

« – Vanille, il faut qu’on te parle. »

Du plus vite qu’elle put, elle scanna mentalement toutes les bêtises qu’elle avait fait ses derniers temps mais aucune ne lui parut mériter ce genre de conseil de famille.

« – Oui, il faut qu’on te dise quelque chose de grave, qui nous concerne toutes.

– Je vous écoute, mais qu’est-ce qui se passe enfin ? Vous êtes malades, c’est ça ? Vous allez mourir ?

– Non Vanille, personne ne va mourir. Enfin si évidemment mais pas tout de suite. Ce que nous avons à te dire n’est pas tellement facile à expliquer.

– Mais vas-y mémé, go, go, je t’écoute.

– Alors ce que mémé veut te dire c’est que… », commença sa mère mais elle fut interrompue par la sonnette.

Alléluia pensa Vanille. En fait, c’était vraiment une blague et là, c’est Laura et les potes qui débarquent.

Elles se levèrent toutes comme un seul homme (enfin, une seule femme, en l’occurrence) et elles se précipitèrent à la porte.

Elle décida de resta assise, dos à la porte, se préparant à afficher son air le plus surpris possible quand Laura lui mettrait les mains sur les yeux en criant « Qui c’est ? ». 

Mais évidemment, ce n’est pas du tout ce qui arriva. A la place, sa mère déposa sur la table une poule morte, même pas plumée, avec la tête et tout le reste. 

« – Alors voilà, c’était l’élément qui nous manquait pour la cérémonie, lâcha sa mère.

– OK d’accord, donc vous êtes devenues folles. Une cérémonie ? Non mais faut pas vous embêter pour moi, hein ! Vous me donnez mon Iphone et hop, ça s’arrête là. Pas la peine de faire votre ciné, là. 

– Vanille, tu vas devoir m’écouter maintenant.

– Mais maman, je ne fais que ça depuis ce matin. Mais c’est vous là, zarbis comme tout avec vos trucs.

– Tu vas devoir couper la tête de ce coq et la plonger dans le chaudron qui est derrière la maison. On a déjà préparé tous les autres ingrédients mais le coq, il faut absolument que ce soit toi. » Elle avait dit ça d’une seule traite.

Vanille n’en revint pas. Un vrai cauchemar !

“- Nan mais c’est quoi ce délire ? Jamais je ne toucherai ce truc mort.”

Sa grand-mère prit la parole :

“- Et pourtant Vanille, tu vas devoir nous obéir. Nous sommes toutes passées par là le jour de nos quinze ans.

– Ce qu’on veut te dire Vanille, c’est que tu n’es pas une ado comme les autres, que nous ne sommes pas des femmes comme les autres, compléta son arrière grand-mère.

– Hein ?

– Vanille, nous sommes des sorcières !”

A partir de ce moment-là, elles se mirent toutes à parler en même temps. Tout se brouilla dans la tête de Vanille. Elle regarda le coq une dernière fois, ressentit une sorte de nausée et tourna de l’œil.

Quand elle reprit connaissance, elle avait visiblement été transportée dans le salon. Elle crût alors qu’elle avait fait un mauvais rêve mais sa grand-mère, d’un geste de la main, lui interdit de parler.

“-Vanille ma belle. La cérémonie n’a pas changé depuis des centaines d’années : apprendre la formule, couper la tête du coq, la plonger dans le chaudron, boire une tasse du bouillon. Aucune d’entre nous n’a voulu que tu soies comme nous mais c’est ainsi. Cette filiation peut te paraître très lourde à porter, surtout au début, mais un jour tu la considèreras comme une chance. Après la cérémonie, tu auras le pouvoir de changer le cours de certains événements, tu pourras soigner des gens, comprendre ce que te disent les animaux. Bref, tu verras, tu t’habitueras… Mais pour l’instant, il faut que tu me promettes de faire tout ce qu’on te dira de faire, sans protester.

– Mais…

– J’ai dit “sans protester”.

– Je peux au moins poser une question ?

– Oui bien sûr ma puce, lui répondit gentiment son arrière grand-mère.

– Si je ne veux pas devenir comme vous, si on oubliait tout ça, qu’est-ce qui se passerait ?”

Un voile sombre s’installa dans les yeux de sa mère quand elle lui répondit gravement :

“- Si tu refuses de rejoindre la congrégation, nous ne pourrons pas te sauver. Toutes celles qui s’y sont opposées ont été bannies. Nous ne les avons jamais revues. »

Alors Vanille suivit exactement les consignes que lui donnèrent sa mère, sa grand-mère et son arrière grand-mère. Elle coupa la tête de ce maudit coq, apprit consciencieusement les quinze phrases de la formule magique et but une tasse de l’horrible soupe du chaudron.

Lorsque ce fut fait, les trois femmes l’accompagnèrent au bout du jardin et la firent asseoir sur la souche de chêne qui se trouvait là depuis des temps immémoriaux. Elles se placèrent autour d’elle et ensemble, elles commencèrent à réciter la litanie qui ferait de Vanille la dernière sorcière de sa lignée, jusqu’à ce qu’elle devienne mère à son tour.

Et, alors qu’elles prononçaient le dernier mot de la formule, dans Boé village, une onde de choc secoua brutalement le cours de la Garonne.

Soso la chatte se réveilla brusquement et pensa : “Tiens, encore une !”, puis elle se rendormit profondément.

c’est l’amour à la plage

Photo by Luis Villasmil on Unsplash

Alors effectivement, je le revis mais pas du tout comme je l’avais prévu. Je m’étais imaginée que je le recroiserais facilement le lendemain au café du coin de la rue. Dans mes fantasmes, je le voyais penché sur le percolateur à moitié éventré en train de jurer en espagnol – et évidemment, j’arrivais pile poil pour l’aider à réparer l’instrument de malheur. Pour me remercier, il me payait un café et nous passions un bon moment tous les deux à baragouiner en franco-espagnol en nous dévorant des yeux. Bien entendu, conquis par mon charme naturel, il insistait pour me raccompagner et m’embrassait fougueusement sur le pas de la porte…

Ouais, ouais, ouais ! Sauf que ma vie ne ressemble pas du tout à un roman à l’eau de rose.

Cela faisait trois jours que j’étais arrivée à Santiago et je commençais à en avoir marre de traîner devant le café avec l’espoir de tomber “par hasard” sur Paulo (il fallait bien que je lui donne un nom, à mon beau brun). Ce jour-là, j’avais donc décidé de commencer à explorer le Chili et Valparaiso me semblait une bonne option. J’avais réservé une place dans un bus climatisé (je précise parce que c’est important pour la suite) qui partait très tôt le matin et revenait tard le soir. Avant de partir, je vérifiai le contenu de mon petit bagage pour la journée : liseuse, gourde, chapeau, crème solaire, lunettes, tongs. C’était parfait pour ma première journée de découverte et de baignade dans le Pacifique.

Alors effectivement, le bus était climatisé ! Mais à ce point, ce n’est plus de la climatisation, c’est de la congélation. Les autres passagers me regardaient comme si j’étais la dernière des idiotes. Nan mais l’autre là, à quoi elle pense !? Elle n’a même pas pris sa doudoune pour aller à la plage. Autant vous dire que les 3 heures de trajet ont été un plaisir sans nom. Sans compter que les toilettes du bus étaient “fuera de servicio” et que j’avais, comme d’habitude, avalé 3 cafés avant de partir. Quand le bus s’est arrêté à Valparaiso, sur le front de mer, j’étais totalement tétanisée et n’avais qu’une seule idée en tête : pisser ! Alors j’ai jailli telle une gazelle en poussant tout le monde dans le couloir du bus et me suis précipitée dehors sans regarder où j’allais.

Et… j’ai très mal atterri : la tête la première sur le trottoir et le pied emprisonné dans la bandoulière d’un p**** de sac qui traînait au milieu du chemin. Mais le pire, ce n’est pas ça. Non.

Le pire, c’est que dans ma chute, j’ai également perdu un truc très important : le contrôle de ma vessie. Et là, j’ai appris une leçon que toute voyageuse qui se respecte se doit de connaître : on ne porte jamais de bermuda beige en coton !

Alors je résume un peu la situation : j’étais au bout du monde, le visage en sang (l’arcade, ça saigne grave) et je m’étais pissé dessus. La classe ! Les gens autour de moi se répartissaient en deux groupes : ceux qui rigolaient et ceux qui étaient désolés pour moi. Je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’ils racontaient mais une gentille dame d’un certain âge et sa fille (je suppose) m’ont aidée à me relever et m’ont accompagnée jusqu’à une sorte de pension de famille. J’étais bien sonnée et je ne voyais plus bien clair mais lorsqu’il a ouvert la porte, je n’ai eu aucun mal à le reconnaître.

Les deux femmes sont parties en me laissant là, sur le pas de sa porte. Il a esquissé un grand sourire, m’a détaillée de haut en bas et m’a fait signe d’entrer. Je ne sais pas si j’avais déjà eu aussi honte de ma vie ! J’aurais voulu disparaître, m’effacer, retourner dans mon pays et les bras de Paul, retrouver son absence total d’humour et son haleine de cheval du matin. Mais j’étais là, incapable de bouger le petit doigt. Alors j’ai fait la seule chose dont j’étais capable ; je me suis mise à pleurer comme une madeleine.

Il m’a pris par la main et m’a conduite au premier étage. Il a ouvert la porte d’une grande salle de bain et m’y a poussé doucement en me faisant signe d’attendre. Il est revenu avec des serviettes, un tee-shirt, une sorte de paréo et une petite boite de secours. Il a pris tout son temps pour nettoyer ma plaie et essuyer mes larmes.

Après la douche, il m’a fait un café et nous avons essayé de discuter mais ni lui ni moi ne parvenions vraiment à nous faire comprendre. J’étais morte de honte mais lui, bizarrement, n’avait pas l’air impressionné – comme si les filles pleines de sang, de larmes et de pipi, c’était son quotidien.

J’ai pris congé en le remerciant comme je pouvais. J’ai griffonné mon prénom et mon adresse chilienne sur un bout de papier et je suis partie à la plage. Je serrais dans ma main sa carte de visite (Jorge Muñoz) – il fallait quand même que je lui renvoie ses affaires. J’étais certaine que je ne le reverrais jamais parce qu’un gars comme lui devait avoir le choix des filles. Le moins qu’on puisse dire, c’est que niveau séduction, je n’avais pas mis toutes les chances de mon côté ce jour-là.

Avant de reprendre le bus dans l’autre sens, je suis allée acheter un plaid dans une boutique de décoration histoire de ne pas revivre l’horreur polaire de l’aller.

Ce n’était pas le même bus, les toilettes fonctionnaient parfaitement et la clim’ était réglée sur 23°.

je ne veux pas travailler

Photo by Kinga Cichewicz on Unsplash

Cela faisait une bonne heure qu’elle me bassinait avec l’après bac. Elle était bien gentille Martine mais parfois elle m’ennuyait à mourir à toujours agir comme la jeune fille comme il faut qu’elle était : sérieuse, polie et encore vierge, évidemment.

Moi, je l’avais déjà fait avec des tas de gars. En ce moment, je faisais tourner en bourrique une relation de mon père. François avait la quarantaine bien tassée et un mariage en berne. Il avait repris la maison d’édition créée par son père et disposait de revenus très confortables. Les cadeaux que je lui faisais cracher en échange des miettes que je lui accordais commençaient à s’entasser dans mon armoire. Je m’en fichais comme de ma première chemise. Ce que je voulais, ce que je souhaitais au plus profond de moi, c’était rendre mon père fou. Je multipliais les indices, je faisais semblant de laisser échapper le prénom de François au cours de prétendues conversations téléphoniques avec mes amies, que j’avais, bien entendu, lorsque mon père était à portée d’oreille. Pendant les dîners auxquels il assistait, je jouais la petite fille timide qui n’osait pas regarder en face un amoureux. Mon petit manège commençait à porter ses fruits puisque je voyais que mon père était de plus en plus mal à l’aise en ma présence. Si seulement il avait le courage de crever l’abcès ! Empêtré qu’il était dans sa morale, il ne savait pas comment faire pour parler à sa fille unique de ces choses-là. Il n’osait pas prendre le problème de front parce qu’après tout, il se trompait sûrement. Il était impossible que sa fille, son unique fille puisse être aussi effrontée à 15 ans. Et puis, s’il se faisait des idées, il ne faudrait pas qu’il instillât sous son crâne innocent des pensées malsaines.

François vivait très mal mes tentatives pour me faire démasquer. Il tentait parfois de me faire la leçon, me communiquant ses angoisses entre la poire et le dessert alors que nous quittions tous les deux la table inopinément. Je trouvais ça terriblement drôle, cette manière qu’il avait d’essayer de me dissuader. Pourtant, il était clair comme de l’eau de roche que le coq en lui y prenait un plaisir intense. Quand je n’en pouvais plus, je le menaçais de ne plus jamais mettre un pied dans sa petite garçonnière de la rue Laplace. Ah les yeux qu’il me roulait à ce moment là et ses petites lèvres toutes tremblotantes ! A mourir de rire. Les hommes sont vraiment des idiots.

– Sauf que moi, Martine, je ne veux pas travailler.

– Quoi ? Tu crois vraiment que ton père acceptera de t’entretenir toute ta vie ?

– Je n’ai pas dit ça.

– Bah quoi ? Comment vas-tu faire, alors ?

– Me faire entretenir… mais par un autre homme que mon père, voire par plusieurs autres.

Et voilà, je lui avais bien rabattu son caquet à cette chère Martine. J’avais bien senti qu’elle voulait répliquer mais ses bonnes manières l’empêchaient de formuler la moindre critique à mon encontre.

– Martine, Isabelle, vous descendez ? J’ai fait du cake.

En quittant ma chambre à l’appel de la bonne, je lui fis un petit clin d’œil histoire de la détendre un peu et de lui signifier que tout ça était une bonne blague. Son petit air pincé disparut comme par magie et ses joues retrouvèrent un peu de couleurs. Il ne fallait tout de même pas qu’elle me claque entre les doigts. J’avais encore besoin d’elle.


histoires de famille

famille face à un  coucher de soleil
Photo by Tyler Nix on Unsplash

La voici enfin qui sort de moi, cette nouvelle. Pas du tout comme je l’avais prévue. Je l’ai commencée trois fois. Les deux premières n’ont pas abouti. Je suis restée bloquée aux alentours de la dixième phrase, à chaque tentative. Alors, j’ai trituré le problème dans tous les sens et je crois que j’ai trouvé une réponse, celle que j’écris en ce moment même.

C’est le thème qui me pose problème : Histoires de famille. Comment moi, puis-je écrire sur des histoires de famille ? Question de légitimité, de place. J’ai toujours eu des difficultés avec cette histoire de “famille”. Qu’est-ce que c’est au juste ? Un clan ? Un groupe de personnes qui s’aiment, qui se détestent et qui se pardonnent, qui restent ensemble malgré tout, qui se reconnaissent ? Je ne sais pas du tout ce que c’est qu’une famille ou plutôt j’en ai une idée déformée, formée par mon histoire.

Noël est la fête de famille par excellence. C’est sans doute pour ça que j’ai toujours détesté cette période de l’année. D’habitude, je me fais une bonne grosse déprime le 24 ou le 25. Et cette année, pas du tout. Je me suis tapée ma bonne grosse déprime hier (le 28). Mais du coup, si ce n’est pas Noël qui a provoqué le coup de blues cette année, c’est quoi ?

Je suis allée, comme souvent en rentrant du marché, boire un café chez une copine. Et hier, je ne sais pas pourquoi, elle ne m’a pas parlé. Elle avait sans doute d’autres choses à faire – ça lui arrive souvent, ça nous arrive à tous d’avoir autre chose à faire. Sauf qu’hier, je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma petite tête de pioche mais je l’ai interprété comme une forme de rejet. Je me suis sentie rejetée par quelqu’un que je considère comme faisant partie de ma “famille”. Bien entendu, je sais pertinemment qu’elle n’est ni ma sœur ni ma cousine. Je me doute bien aussi qu’elle-même ne se considère pas comme telle. C’est un système mis en place il y a bien longtemps dans ma vie : partout où je vis, je construis inconsciemment autour de moi une sorte de “famille” symbolique, un clan de rattachement. Les individus qui composent ce groupe ne sont pour la plupart pas au courant de ce qu’ils représentent pour moi ; ça ne fonctionne souvent que dans un sens. J’ai appris au fil des années à ne pas me sentir désarçonnée lorsque je m’aperçois que l’attachement que je ressens vis à vis d’eux n’est pas réciproque.

Pourquoi je fais ça ? Toutes les personnes qui disposent d’une famille toute faite ne peuvent pas comprendre ce qui se passe en moi de manière automatique – en dehors de mon contrôle. Elles peuvent éventuellement essayer de l’appréhender intellectuellement mais c’est une chose de le concevoir et une autre de le ressentir au plus profond de soi. Lorsqu’ils parlent de leur famille, les gens parlent de racines, d’amour inconditionnel, de gènes, d’héritage, de tout un tas de trucs dont je n’ai aucune connaissance. Tous les petits humains ont un besoin irrépressible de s’attacher à une ou plusieurs figures humaines adultes. Sinon, ils meurent. Quand on a été comme moi bringuebalée à droite et à gauche, l’instinct de survie pousse à s’attacher aux humains adultes autour de soi. Parfois, les gens autour de vous sont totalement incapables de vous protéger et parfois encore, ils font exactement le contraire.

Alors voilà, lorsque je m’installe quelque part, j’essaie de m’attacher à des humains non plus maintenant pour satisfaire mon besoin de protection (je suis grande et je sais me mettre en sécurité toute seule) mais pour satisfaire mon besoin de reconnaissance sociale : faire partie du même clan. C’est non seulement important pour moi mais indispensable pour ma survie affective.

Noël est un moment de l’année où les clans (les familles) se recomposent pour quelques jours, histoire de retricoter des liens ou au moins de s’assurer qu’ils sont là. Hier, je me suis sentie exclue du clan (qui n’existe que dans ma tête, je vous le rappelle) et j’en ai souffert.

J’ai réfléchi et je me suis souvenue d’autres clans créés au fil de mes déménagements. Evidemment, j’ai repensé à Bordeaux et à tous ces gens qui ont traversé ma vie. Là-bas, je me sentais chez moi parce que j’avais autour de moi une “famille” forte et présente. Ici, je ne suis pas entourée. Je suis seule la plupart du temps et même si j’aime beaucoup la solitude, il est difficile de l’apprécier lorsqu’elle n’est pas choisie.

J’ai décidé d’arrêter les frais. Je vais repartir d’ici comme j’y suis venue : sur la pointe des pieds. Je n’y suis pas chez moi. Mes engagements professionnels m’obligent à rester jusqu’à fin septembre mais après, je colle mes affaires dans un box et je pars en voyage quelques mois, histoire d’y voir plus clair.

Esseulée volontaire. Il faut bien que j’en profite de cette liberté, non ?!

Il y a des gens qui pensent et qui me disent que j’ai de la chance de ne pas avoir de famille, de liens, d’attaches. Je ne réponds rien parce que ce serait difficile de leur expliquer le vertige, le vide immense qu’on ressent quand on sait qu’on ne manque à personne… ni même à son chat (mon dernier pépère poilu est mort début octobre et il me manque terriblement).

Bref, je prends mon billet d’avion bientôt. J’hésite encore sur ma première destination (il y en aura plusieurs puisque j’ai prévu de partir 6 mois hors de France).

en retard mais ce n’est pas très grave

réveil
Photo by Lukas Blazek on Unsplash

Tout est dans le titre mes amis ! Je n’ai pas encore publié la nouvelle #15 parce qu’elle n’est pas encore écrite. J’aurais pu/du (cul) – j’avoue, ce n’est pas drôle – afficher à la place la tête de l’affreux jojo mais non, le thème me donne envie. Du coup, j’ai prévu d’essayer de l’écrire pour vendredi prochain.

Je travaille beaucoup en ce moment. Je prépare mon départ alors j’ai besoin d’argent. Je me rends compte aussi que je suis sans arrêt en train de cumuler des tas de projets en tous genres et ça me saoule. Je vais essayer de me concentrer sur ce qui me tient le plus à cœur. L’écriture en fait partie mais si ça devient une obligation et que j’en souffre, c’est débile.

Je dors très peu en ce moment pour cause de bouffées de chaleur incontrôlables (elles amputent au minimum 2 heures de chacune de mes nuits depuis mi-septembre). Faudrait que je vous raconte ça un jour parce que ce n’est pas un sujet extrêmement populaire. C’est un signe de vieillissement et comme chacun le sait la vieillesse, c’est mal et ça craint un max (j’espère que vous avez compris que je suis ironique).

Bref, en ce moment j’essaie de me recentrer sur trois choses : mon corps, mon boulot et quand j’aurais plus de temps, l’écriture. La nouvelle #15 viendra donc quand elle viendra… sûrement vendredi prochain.