je suis complètement has never been

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Quand j’ai commencé à écrire cet article, le titre était “je suis complètement has been”. Puis, je me suis rapidement aperçue de mon erreur : je n’ai jamais été bonne à ce jeu là ! A quel jeu ? Au jeu de la séduction, ma p’tite dame.

Je ne sais pas interpréter les signes. A chaque fois que je me risque sur le terrain glissant des rencontres amoureuses, c’est bien simple : je perds.

Je ne sais pas si je l’ai déjà raconté ici (mon cerveau est plein de trous) mais avant de rencontrer le gars qui allait devenir mon mari (une bien belle connerie ma foi – je crois que j’aurais préféré me casser une jambe ce jour-là plutôt que d’aller à la plage) et après avoir quitté le gars avec lequel j’ai passé 12 ans (ici, je l’appelais “Lui”), j’ai eu quelques aventures plus ou moins longues et beaucoup de désillusions.

Une de mes amies (rompue à l’exercice des rencontres sur internet) m’avait convaincue de m’inscrire sur un site. Bon, je m’étais dit alors, fichu pour fichu, allons-y !

J’avais choisi (je ne sais pas trop pourquoi mais ça devait être THE place to be à l’époque) le site où les femmes mettaient les gars dans leur caddie (bon, la réalité n’a rien à voir mais l’habillage était rigolo). J’avais bien tout rempli mon profil – j’avais même mis une photo à peu près avantageuse (je ne suis carrément pas photogénique – contrairement à l’autre con à mon mari).

Quelques minutes après, j’avais déjà reçu plein de messages ! Waouh que je me suis dit à ce moment-là (oui, j’étais assez naïve). Mais ça, c’était avant de les lire : “Est-ce que t’es libre maintenant, on pourrait s’amuser ?”, “J’ai un gros gourdin pour toi, salope !”, “Je peux venir te baiser de 16h à 17h tous les jours mais pas le week-end.”. Bon, je vous passe les détails plus ou moins sordides : dans le meilleur des cas, les mecs disaient “Bonjour” avant, dans le pire il me balançaient une photo de l’engin qu’il prévoyait de m’enfiler par tous les trous (si, si, j’ai eu ce genre “d’échanges” en moins d’un après-midi sur le site) !

Mouais ! Je ne peux pas dire que la première journée fut tellement concluante. Non mais vous êtes sérieux, les mecs ? Il y a des fois où ça marche, ce genre de messages ??

Enfin bref, le lendemain et le surlendemain, j’ai réussi à parler normalement avec deux garçons d’à peu près mon âge qui ne m’avaient pas sorti tout l’éventail des positions dans lesquelles ils voulaient me faire ma fête ni tout le répertoire des insultes sexistes parce que, ben euh, non merci !

J’habitais à Bordeaux à une époque sans couvre-feu ni confinement – on ne savait même pas qu’un truc nommé Covid-19 allait nous frapper de plein fouet quelques années plus tard (on était fous, on étais jeunes, on vivait dans l’instant présent, insouciants). Du coup, j’ai pris rendez-vous avec chacun d’entre eux pour l’apéro pour respectivement le soir-même et le lendemain. Ouais, ma copine m’avait bien briefée : à l’apéro parce que 1., si ça se passe mal, tu es désolée mais tu ne peux pas rester parce que tu es attendue pour dîner et 2., si ça se passe bien, tu peux prolonger par un restau.

Alors alors, me v’la donc partie pour mon premier date dans un bar que je connaissais un peu mais pas trop. J’attendais bien tranquillement au bar (je suis toujours à l’heure à tous mes rendez-vous, c’est une déformation professionnelle) quand un gars que je n’avais pas remarqué m’a abordée : c’était lui… avec 15 ans et 25 kilos de plus que sur la photo. Je vois bien que ce je raconte est une vraie caricature de rencontre foireuse via internet mais c’est vrai. Par ailleurs, après les salutations d’usage, il a enchaîné direct en me racontant par le menu sa dernière (et seule) longue histoire d’amour avec son ex qui l’avait jeté quelques mois auparavant. Du coup, au bout de 30 minutes environ, je fus malheureusement désolée de lui dire que je ne pouvais pas rester parce que j’étais attendue pour dîner. “On se revoit bientôt ? Ben euh, non !”.

Le lendemain rebelote dans un autre bar. Comme la veille, je suis arrivée un peu avant l’heure pour constater d’emblée que la rencontre n’allait pas être facile : ils diffusaient un match (je ne sais même plus s’il s’agissait de foot ou de rugby – c’est dire à quel point ça me passe au dessus de la tête ces conneries-là). Malgré tout, j’ai commandé une bière et me suis accoudée au bar en attendant mon rendez-vous qui est arrivé quelques minutes après et là, une réalité m’a sauté aux yeux : il n’avait qu’un seul bras. Oui, je sais, ça fait sketch mais je vous jure que c’est vrai. Nous avons discuté pendant une petite demi-heure (j’ai posé zéro question sur le bras manquant). Le gars était sympa, plus intéressé par le match que par moi et… fan de zouk. Et là, ce fut la goutte d’eau – il faut dire que depuis mon séjour au Bénin, je suis absolument traumatisée par cette danse. La perspective d’avoir un gars que je ne connais pas qui frotte son truc entre mes jambes en remuant du bassin me fait dorénavant une peur bleue. Ce soir-là aussi, j’avais opportunément un dîner prévu avec des amis.

Je suis rentrée à la maison un peu déprimée mais pas trop finalement parce que je venais de me confirmer à moi-même un truc que je savais déjà : je ne voulais pas rencontrer qui que ce soit via ce genre de site. Je me suis donc désinscrite le soir-même ; mon expérience aura donc duré 5 jours.

Depuis, ma position n’a pas évolué. Des années après, j’ai appris au cours de mon mariage que mon mari était inscrit à plusieurs de ces sites/applis (des zones de chasse parmi d’autres). Du coup, je me suis inscrite à l’un d’eux, un peu plus “haut de gamme” que les autres (la preuve : tout est en anglais – ça trie). J’y ai parlé avec des gars sympas (je voulais comprendre ce qu’ils faisaient là, je n’avais pas l’intention d’être infidèle – ce n’est pas mon truc) et puis, je suis tombée sur la fiche de celui qui m’avait passé la bague au doigt. J’ai vomi toute la nuit.

Evidemment, j’ai mis fin à mon expérience le lendemain en buvant des litres d’eau et un peu de bière pour noyer ma peine – à moins que ce ne soit le contraire.

Je voulais parler de mes compétences en séduction et finalement, je n’en ai rien dit. On verra ça une prochaine fois mais si vous vous promenez sur le blog, vous pourrez déjà vous faire une petite idée de l’ampleur du désastre.

écrire et être lue

Tout ce que j’écris ici est à la fois vrai et faux. Si vous creusez un peu dans les tréfonds de ce blog, parfois, vous vous trouverez face à de la fiction, parfois à de l’auto-fiction parfois aussi à de l’autobiographie et bien souvent à du grand n’importe quoi ! Tout ici est vrai et faux, à la fois et on n’est pas loin du délire philosophique du chat de Schrödinger, vas-y comme je me la pète grave !

Je crois que j’ai trouvé ce que je veux faire dans la vie. Enfin, je ne l’ai pas trouvé, je l’ai plutôt retrouvé. Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu être écrivain – quand j’étais petite, on ne disait pas autrice. A l’époque (je suis vieille), à l’école, le masculin l’emportait encore sur le féminin (il paraît que les instit’ ne diront plus ça désormais mais la règle persiste). Par ailleurs, j’ai toujours voulu enseigner – je l’ai fait pendant plus de 20 ans. J’essaie actuellement de le faire sous une autre forme mais pour l’instant, ça ne fonctionne pas du tout.

Je veux écrire. Je veux écrire de tout, tout le temps. Je veux écrire des livres pratiques, des nouvelles, des romans, des articles, des entrées dans mon journal intime. Je suis même prête à écrire des modes d’emploi, s’il le faut !

Ecrire est long et difficile. C’est ce que tout le monde (ou presque) dit mais je ne suis pas sûre que ce soit vrai. Mon premier livre publié, qui n’était pas un roman, s’est très mal vendu (de mon point de vue en tout cas, c’est pour ça que je vous mets le lien, au cas où). Je ne sais pas si le second se vendra. Je ne sais même pas encore si ce sera un roman, un recueil de nouvelles ou un autre livre pratique.

Tout ce que je sais, c’est que je veux écrire et être lue. Ce blog est une tribune qui m’a permis de l’être, qui m’a permis de partager mes textes pendant longtemps.

Il y a quelques années, plus de 2000 personnes visitaient ce blog chaque jour. Je ne dis pas ça pour me la péter (mais un peu quand même). C’est un constat : mes aventures autofictionnelles étaient lues. Elles étaient également écoutées puisque bien avant la mode des podcasts, je mettais en sons mes petites créations sans importance. Elles m’ont valu une certaine reconnaissance. J’étais invitée à participer à des événements inter blogueurs, j’étais contactée par des journalistes radio, une collaboration avec deux musiciens bordelais avait même été envisagée.

Et puis, je ne sais pas pourquoi (peut-être que j’ai eu peur, peut-être que je n’étais pas prête (qui l’est ?)) mais j’ai progressivement arrêté d’alimenter ce blog avec ma vie. J’ai écrit quelques nouvelles, dont certaines été censées me mener quelque part et ça aussi, je l’ai abandonné.

Je repars de zéro. Je ne sais pas comment les personnes arrivent ici. Avant, nous étions une petite communauté d’apprentis blogueurs – nous nous lisions les uns les autres, nous partagions nos écrits. Je ne sais plus rien des autres à part Cristophe (si, si, c’est comme ça que son prénom s’écrit) qui s’est mis au butinage.

Ecrire n’est pas long et difficile. Parfois, les mots me sortent tout seuls de la bouche et des doigts, sans effort. Ce qui est long, c’est la réécriture, c’est de trouver le mot exact, celui qui correspond en tous points au sens que je cherche à transmettre. Ce qui est long, c’est de trouver le rythme des mots, de travailler la prosodie de chaque phrase, de chaque paragraphe pour que ça chante comme je veux dans la tête des lectrices et des lecteurs. Ce qui est long, c’est de traquer les répétitions moches, les fautes d’orthographe idiotes (mais j’en laisse, exprès – nan évidemment, j’en laisse parce que je ne les vois pas), c’est d’améliorer les enchaînements et les digressions qui épaississent et densifient le texte.

Ecrire ici, c’est mêler les faits et les fakes, c’est redevenir capable de rire de ma pauvre vie sans importance, de garder cette distance. L’humour m’a sauvée de situations pourries. L’humour m’a permis de ne pas prendre trop au sérieux les putains de saloperies de merdes purées de pois d’emberlificotements (mot inventé, je sais) que la vie m’a envoyées par salves, parfois.

Je repars de zéro et j’ai tout à prouver. En fait, ça me plaît que (presque) toutes les personnes qui me lisaient aient déserté le navire. C’est un nouveau départ, sans enjeu (enfin si, la vérité, c’est que je veux séduire à nouveau – et pas qu’ici sur ce blog, mais en vrai, des garçons mais comme vous vous en apercevrez bientôt, je suis ultra nulle à ce jeu-là).

Les prochains posts seront donc forcément complètement vrais et archi-faux parce que c’est ça la vie, non ? Chacun.e d’entre nous tricote tranquillement sa propre vérité et ses propres mensonges. Certain.es le font mieux que d’autres, certain.es le font au détriment des autres. Moi, je le fais ici parce que c’est mon espace de liberté à moi, celui où ma vie est si rigolote et si légère que rien n’a d’importance.

c’est l’amour à la plage

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Alors effectivement, je le revis mais pas du tout comme je l’avais prévu. Je m’étais imaginée que je le recroiserais facilement le lendemain au café du coin de la rue. Dans mes fantasmes, je le voyais penché sur le percolateur à moitié éventré en train de jurer en espagnol – et évidemment, j’arrivais pile poil pour l’aider à réparer l’instrument de malheur. Pour me remercier, il me payait un café et nous passions un bon moment tous les deux à baragouiner en franco-espagnol en nous dévorant des yeux. Bien entendu, conquis par mon charme naturel, il insistait pour me raccompagner et m’embrassait fougueusement sur le pas de la porte…

Ouais, ouais, ouais ! Sauf que ma vie ne ressemble pas du tout à un roman à l’eau de rose.

Cela faisait trois jours que j’étais arrivée à Santiago et je commençais à en avoir marre de traîner devant le café avec l’espoir de tomber “par hasard” sur Paulo (il fallait bien que je lui donne un nom, à mon beau brun). Ce jour-là, j’avais donc décidé de commencer à explorer le Chili et Valparaiso me semblait une bonne option. J’avais réservé une place dans un bus climatisé (je précise parce que c’est important pour la suite) qui partait très tôt le matin et revenait tard le soir. Avant de partir, je vérifiai le contenu de mon petit bagage pour la journée : liseuse, gourde, chapeau, crème solaire, lunettes, tongs. C’était parfait pour ma première journée de découverte et de baignade dans le Pacifique.

Alors effectivement, le bus était climatisé ! Mais à ce point, ce n’est plus de la climatisation, c’est de la congélation. Les autres passagers me regardaient comme si j’étais la dernière des idiotes. Nan mais l’autre là, à quoi elle pense !? Elle n’a même pas pris sa doudoune pour aller à la plage. Autant vous dire que les 3 heures de trajet ont été un plaisir sans nom. Sans compter que les toilettes du bus étaient “fuera de servicio” et que j’avais, comme d’habitude, avalé 3 cafés avant de partir. Quand le bus s’est arrêté à Valparaiso, sur le front de mer, j’étais totalement tétanisée et n’avais qu’une seule idée en tête : pisser ! Alors j’ai jailli telle une gazelle en poussant tout le monde dans le couloir du bus et me suis précipitée dehors sans regarder où j’allais.

Et… j’ai très mal atterri : la tête la première sur le trottoir et le pied emprisonné dans la bandoulière d’un p**** de sac qui traînait au milieu du chemin. Mais le pire, ce n’est pas ça. Non.

Le pire, c’est que dans ma chute, j’ai également perdu un truc très important : le contrôle de ma vessie. Et là, j’ai appris une leçon que toute voyageuse qui se respecte se doit de connaître : on ne porte jamais de bermuda beige en coton !

Alors je résume un peu la situation : j’étais au bout du monde, le visage en sang (l’arcade, ça saigne grave) et je m’étais pissé dessus. La classe ! Les gens autour de moi se répartissaient en deux groupes : ceux qui rigolaient et ceux qui étaient désolés pour moi. Je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’ils racontaient mais une gentille dame d’un certain âge et sa fille (je suppose) m’ont aidée à me relever et m’ont accompagnée jusqu’à une sorte de pension de famille. J’étais bien sonnée et je ne voyais plus bien clair mais lorsqu’il a ouvert la porte, je n’ai eu aucun mal à le reconnaître.

Les deux femmes sont parties en me laissant là, sur le pas de sa porte. Il a esquissé un grand sourire, m’a détaillée de haut en bas et m’a fait signe d’entrer. Je ne sais pas si j’avais déjà eu aussi honte de ma vie ! J’aurais voulu disparaître, m’effacer, retourner dans mon pays et les bras de Paul, retrouver son absence total d’humour et son haleine de cheval du matin. Mais j’étais là, incapable de bouger le petit doigt. Alors j’ai fait la seule chose dont j’étais capable ; je me suis mise à pleurer comme une madeleine.

Il m’a pris par la main et m’a conduite au premier étage. Il a ouvert la porte d’une grande salle de bain et m’y a poussé doucement en me faisant signe d’attendre. Il est revenu avec des serviettes, un tee-shirt, une sorte de paréo et une petite boite de secours. Il a pris tout son temps pour nettoyer ma plaie et essuyer mes larmes.

Après la douche, il m’a fait un café et nous avons essayé de discuter mais ni lui ni moi ne parvenions vraiment à nous faire comprendre. J’étais morte de honte mais lui, bizarrement, n’avait pas l’air impressionné – comme si les filles pleines de sang, de larmes et de pipi, c’était son quotidien.

J’ai pris congé en le remerciant comme je pouvais. J’ai griffonné mon prénom et mon adresse chilienne sur un bout de papier et je suis partie à la plage. Je serrais dans ma main sa carte de visite (Jorge Muñoz) – il fallait quand même que je lui renvoie ses affaires. J’étais certaine que je ne le reverrais jamais parce qu’un gars comme lui devait avoir le choix des filles. Le moins qu’on puisse dire, c’est que niveau séduction, je n’avais pas mis toutes les chances de mon côté ce jour-là.

Avant de reprendre le bus dans l’autre sens, je suis allée acheter un plaid dans une boutique de décoration histoire de ne pas revivre l’horreur polaire de l’aller.

Ce n’était pas le même bus, les toilettes fonctionnaient parfaitement et la clim’ était réglée sur 23°.

la demande de financement


“- Bonjour Madame Pineau. Que puis-je faire pour vous ?

– Tu ne me reconnais pas ? C’est vrai que je suis plus habillée que la dernière fois, lui dit-elle avec un clin d’œil appuyé.

En effet, elle avait fait un effort particulier pour se vêtir ce matin. Elle avait enfilé sa panoplie de femme d’affaire : tailleur qu’elle croyait chic mais qui était trop court pour être honnête, lunettes Armani censées lui conférer le sérieux dont elle avait besoin aujourd’hui et des escarpins rouges pour la touche glamour. Si on rajoutait à ça, son sac en faux Vuitton, son maquillage bien trop appuyé pour une femme de son âge et le chewing-gum qu’elle mâchouillait, on avait plutôt l’impression d’être en face d’une travailleuse de la nuit sur le retour. C’est du moins ce que Barnabé Tardieu avait pensé quand il l’avait vu défiler (c’est le terme adéquat) dans le couloir qui menait à son bureau.

– Vous allez devoir me mettre sur la voie parce que non, je ne vois pas où nous avons pu nous croiser.

– M’enfin Benjamin, tu ne peux pas ne pas te souvenir de la folle nuit que nous avons passée ensemble.

Quoi ? Barnabé se mit à réfléchir à toute vitesse et une vague image commença à poindre dans son esprit embrouillé du lundi matin. Effectivement, il y a quelques années, il avait fini chez une pauvre fille après une soirée un peu trop arrosée. Il s’était laissé convaincre de la ramener et lorsqu’ils étaient arrivés devant chez elle, il n’avait pas eu le cœur de la repousser alors qu’elle lui proposait “un dernier verre”. Elle ressemblait à toutes ces filles paumées qu’on trouve dans les boites de province. A peine avait-il franchi le seuil de sa maison qu’elle s’était mise à sangloter sur sa condition de femme au foyer délaissée. Elle lui avait servi un verre puis un autre, repoussant inexorablement l’heure de son départ et les limites de sa volonté. Quand il s’était réveillé le matin dans ce lit inconnu à côté de cette fille dégoulinant de maquillage, il avait été pris d’un haut le cœur et avait essayé de filer. Mais elle avait été plus rapide que lui et s’était redressée d’un bond en commentant de sa voix de crécelle la nuit torride qu’il lui avait fait vivre. Totalement confus, il n’avait pas répondu parce qu’il ne se souvenait absolument de rien. En rentrant chez lui ce matin-là, plein de honte, il s’était juré de ne plus jamais repenser à ce week-end de séminaire et l’avait enfoui bien profondément dans sa mémoire. Sauf qu’en ce lundi matin, cette fameuse soirée avait décidé de lui péter à la gueule. Il n’en avait évidemment jamais parlé à Mélanie – elle lui aurait fait une crise – et lorsque les collègues l’avaient tarabusté le lundi suivant, il avait affirmé haut et fort qu’il l’avait juste déposé devant chez elle en tout bien tout honneur.

– Ah oui… Mais ça fait très longtemps dites-moi ! Comment allez-vous ?, murmura-t-il en espérant que, par effet miroir, elle baisserait elle aussi le volume de sa voix.

– Tu peux me dire “tu”, après ce qu’on a vécu, claironna-t-elle.

– Oui, bon d’accord. Alors euh… Mme Pineau…

– Nathalie !

– Nathalie donc… que puis-je faire pour toi ?

– J’ai décidé de développer mon potentiel !

– Oui… et donc, peux-tu m’en dire un peu plus ?, bredouilla Barnabé assez gêné.

– C’est très simple, je reprends ma vie en main. Je veux devenir influenceuse sur les réseaux.

– Ah ! Et en quoi puis-je t’aider ? Moi, les réseaux je n’y connais rien du tout.

– Mais enfin Barnabé, regarde autour de toi. Nous sommes dans une banque ! Je viens demander un prêt pour financer mon matériel et mes déplacements d’influenceuse. D’ailleurs, j’ai tout écrit noir sur blanc.

Elle extirpa plusieurs papiers chiffonnés du fond de son sac.

– Tu sais, ce n’est peut-être pas la peine que tu me le lises. Tu peux simplement…

– Tss, le coupa-t-elle. Tais-toi et écoute.

Face à son ton péremptoire, le pauvre Barnabé n’eut d’autre choix que d’écouter son exposé.

“- Hum, hum. Quand on regarde la télé, on voit bien que maintenant, il ne sert à rien de faire des études pour réussir puisque c’est les réseaux qui font tout. Moi, je suis très intéressée par tout ça et d’ailleurs j’ai déjà 40 followaires sur mon Insta. Il faudrait juste que j’en ai plus pour que ça décolle. Il me faudrait un plus beau téléphone avec un micro et des lampes halogènes – et puis aussi que j’ai de nouvelles tenues et de l’argent pour acheter du maquillage cher. Evidemment, avec ma plastique, je peux me prendre en photo et faire des stories super intéressantes sur comment qu’on met du fond de teint ou sur la mode. Je suis pas mal de filles dans le milieu et c’est comme ça qu’il faut faire. Je voudrais bien aussi avoir ma chaîne Youtube. Et là, il me faut absolument une super caméra. C’est vraiment important que les femmes puissent être à leur avantage. Je vois trop de personnes mal habillées ou carrément pas maquillées, les pauvres. Comment peuvent-elles réussir dans vie avec un look pareil ? Je pourrais même faire du relooking, du coup avec ma chaîne et mon insta. Je sais bien que ça ne paraît pas sérieux mais au contraire, il y a plein de filles qui gagnent beaucoup d’argent avec ça. Elles vont dans des hôtels chers. Ils en parlent même à la télé, dans des reportages. Et une banque comme ici, vous voulez forcément m’encourager. Je pourrais même communiquer sur ça, vous faire de la pub avec mes réseaux. Ce serait une opportunité pour une petite agence. Si des moches comme on en voit des fois y arrivent, il n’y a pas de raison que je me plante. Je suis ultra motivée. Et puis, soyez sûrs que je n’oublierai pas la banque quand je serai riche – et toi non plus, mon lapin. Ne laissez pas passer cette offre que je vous fais : vous allez sûrement financer l’influenceuse la plus célèbre de la région…”

– Oui bon, je crois que j’ai compris ton projet. Malheureusement, je ne sais pas comment te dire ça… avança-t-il bien conscient de marcher sur des œufs. Mais euh, tu vois ? Euh… notre banque n’a pas trop l’habitude…

– Oui, bien entendu, pour un projet de cette envergure, tu n’es pas décisionnaire.

– Voilà ! Donc, ce que je te propose, c’est de me laisser tes documents et je les transmettrai à mon supérieur.

– Parfait. J’étais sûre que nous allions nous entendre.

– Oui, enfin, je ne te promets rien.

– Tss, je suis certaine que tu trouveras les mots qu’il faut. J’attends donc de tes nouvelles la semaine prochaine ?

– Oui, enfin, euh… peut-être le mois prochain plutôt. Les délais sont longs et puis comme ce n’est vraiment pas banal comme projet, peut-être qu’il faudra qu’on envoie ça au siège, tu vois ?

– Bien sûr, évidemment, j’aurais du y penser. Les petites agences de province ne sont pas aptes. Allez hop, je file. Bye, bye !!!

Elle lui colla les deux feuillets sur la table, farfouilla encore une fois dans son sac à main pour y chercher ses lunettes de soleil et sortit de son bureau en balançant des fesses et en lui faisant de grands signes à travers la vitre.

Pauvre, pauvre Barnabé. Il en resta comme deux ronds de flan au fond de son siège pivotant.

la citation

Bon, je commence à en avoir marre d’attendre, moi. Ça fait déjà 20 minutes. Ça m’apprendra de vouloir impressionner Brice. Lui ça va, il peut encore jouer sans souffrir mais moi, mes années de rugby m’ont laissé de douloureux souvenirs. Saloperie de genou.

Mais qu’est-ce qu’il fiche cet idiot d’ostéo ? Je ne vais pas me gêner pour le reprendre. Non mais ! Au prix où on le paye, il pourrait au moins être à l’heure. Ça ne se passerait pas comme ça s’il était sous mes ordres, tiens !

– Bonjour

– Bonjour

Putain de merde, c’est la fille de la piscine. Et évidemment, pile quand je ne suis pas à mon avantage. Déjà l’autre jour, avec le bonnet de bain, c’était limite mais là avec mon jogging, elle va me prendre pour un beauf. Il faudrait que je trouve quelque chose à lui dire, vite, histoire d’engager la conversation avant que l’autre empaffé vienne me chercher pour ma séance. Je pourrais lui dire simplement “Patrick Giroud, enchanté.” Non, ça va faire bizarre. Ou peut-être lui parler de notre première rencontre à la piscine. Non plus, je n’ai pas envie qu’elle se souvienne de moi de cette façon. Je me suis un peu humilié ce jour-là et puis, ça va faire “homme à l’affut”. Avec toutes ces histoires de Me Too, les femmes, il faut les prendre autrement maintenant. Qu’est-ce qu’elles nous emmerdent avec leurs histoires ! C’est assez pénible de ne plus pouvoir être galant sans risquer un procès. Aujourd’hui, elle est encore plus attirante qu’à la piscine. J’aime bien les femmes en jupe. On s’imagine tout de suite avec les mains qui se baladent dessous.

– Ah, vous avez pris le seul magazine scientifique. Je crois qu’il n’y en a pas d’autre.

– Désolée, le voulez-vous ? J’ai un livre dans mon sac.

– Non, non. N’en faites rien. Vous aimez la science ?

– Oui, enfin, comme tout le monde. J’aime comprendre ce qui nous entoure.

– Moi, c’est mon métier.

– Tiens donc !

– Oui, je suis directeur commercial chez Leko. Vous savez, cette grande société de matériel médical.

– Oui, je vois.

– Patrick Giroud, enchanté.

– Marie Lesage. Votre visage me dit quelque chose. Il me semble que nous nous sommes déjà rencontrés quelque part, non ?

– Je ne vois pas mais comme disait François Mauriac “On ne rencontre que ceux qu’on a déjà rencontrés.” Puis-je me permettre de vous demander ce que vous faites dans la vie ?

– C’est un peu compliqué à expliquer, mes activités sont variées.

– Oui ?

– Monsieur Giroud ? C’est à vous.

Ah mais merde, il ne pouvait pas arriver à un autre moment celui-là ? Quel con !

– Au revoir Mademoiselle Lesage.

– Madame Lesage !

– Oups, désolé, oui. Au plaisir de vous revoir Madame Lesage.

– Oui, c’est ça. Au revoir.

Mais c’était quoi, ça ? Je suis pourtant certaine d’avoir déjà vu sa tête quelque part. Et quelle haleine de cheval ! Mais oui, j’y suis : le pauvre type de la piscine, avec son gros bide et son bonnet tout de traviole. Ben dis-donc, il m’a fait de la peine avec sa drague à deux balles. M’enfin, l’espoir fait vivre, comme on dit.