
Avec la chaleur, un vieux souvenir m’est revenu. Lorsque j’étais petite, les dîners commençaient souvent par un « plat » que j’adorais (et que j’adore toujours) : une trempée au lait ! Je ne sais pas si tout le monde sait ce que c’est alors je vais vous expliquer brièvement comment on fait une trempée au lait.
Prendre un bol (ou une assiette creuse), y émietter grossièrement du pain dur et noyer tout ça dans du lait bien froid (on peut aussi ajouter un peu de sucre). Et voilà ! Fastoche, non ? A chaque fois que j’en mange (c’est rare dorénavant parce que je n’ai pas souvent de pain sec à la maison), je me souviens de la table de la cuisine recouverte d’une nappe en plastique et dont le décor (un fond beigeasse, des dessins plus ou moins réussis de pichets et assiettes en grès, de fleurs séchées…) était immuable – ma grand-mère l’a toujours (ou alors a-t-elle changé entre-temps, je ne sais pas – ça se ressemble).
La dite grand-mère me préparait également la version « hiver » de la trempée au lait qui n’était pas à base de lait : une panade. Je lui ai demandé dernièrement ce que c’était : du pain dur (nous achetions de la bonne vielle baguette blanche, très à la mode dans les années 80) arrosé d’un bouillon Maggi très chaud qu’elle faisait recuire de manière à ce qu’il n’y ait pas beaucoup de liquide…
Je me rend compte aujourd’hui que ce sont des trucs de pauvres et que je n’en avais pas du tout conscience quand j’étais petite. Aujourd’hui, je crois aussi que ce sont des « recettes » qui servaient à « ne pas jeter » la nourriture (un des stigmates de la guerre que ma grand-mère et mon grand-père avaient vécue). Et ça, c’est une très bonne habitude que j’ai gardée au point où parfois, je préfère manger des trucs limite plutôt que de les jeter. D’ailleurs ça m’a valu cet hiver un petit retour par où c’était rentré dans la cuvette des WC – rien de grave mais mon organisme bien dressé sait quand ça ne doit pas rester dans l’estomac (oui je sais, je ne vous épargne aucun détail). J’avais trouvé l’odeur vraiment chelou mais j’ai voulu tenter et donc, voilà, voilà.
Tout ça pour dire que nous ne sommes pas tous comme Proust (nés dans l’opulence) et que parfois, les souvenirs sont plus boulangers que pâtissiers…
