de la jeunesse

Photo de Sven Eisenschmidtsur Unsplash

Je me suis aperçue l’autre jour qu’un changement avait eu lieu dans ma vie sans que je m’en aperçoive. J’en ai pris conscience en faisant du vélo (faire du vélo sert à tout !).

La semaine dernière, j’ai fait ma sortie habituelle le long du canal entre Nevers et Decize (je ne vais généralement pas jusqu’au bout et fait demi-tour quelque part entre les deux en fonction de mon état de fatigue, de la météo…) avec l’idée d’aller glaner de la reine des prés qui pousse en abondance à cette époque de l’année. Bref, ce n’est pas de ça dont je veux parle – mais vous me connaissez, je ne peux pas m’empêcher de faire des digressions à n’en plus finir.

A un moment, alors que je m’étais arrêtée pour boire un coup, j’ai été dépassée par une nuée d’adolescents (tous casqués, équipés de veste fluo et d’identiques VTC) accompagnés de quelques adultes. J’ai repris la route peu après et les ai rejoint avec l’idée de les doubler parce qu’ils ne roulaient pas très vite. Le cortège s’étirant en longueur, à un moment, je me suis trouvée à la hauteur d’un jeune homme qui pédalaient à peu près à la même vitesse que moi. Et au lieu de faire comme si de rien n’était et de le dépasser en accélérant légèrement, j’ai eu envie de lui parler, de savoir ce qu’ils faisaient tous là sur ce chemin de halage.

Il me répondait par bribes (peu habitué sans doute à répondre aux questions d’une vieille inconnue – nan mais genre, elle me parle !! – et puis comme tout bon ado qui se respecte, je pense qu’il aurait préféré que je l’ignore) mais finalement j’ai appris qu’ils étaient une classe de première qui recevait leurs corres’ anglais (correspondants – je traduis pour les plus jeunes d’entre vous parce que les gens de ma génération savent très bien ce que sont des corres’). Et leurs profs (de sport et d’anglais, plus d’autres – il n’a pas détaillé) avaient décidé de ce petit voyage à vélo sur quelques jours le long de la véloroute 6.

Ça m’a rappelé mon premier voyage à vélo. C’était l’été de mes 13 ans et nous avions fait un petit périple de quelques jours avec le centre aéré que je fréquentais alors. C’était ma première fois et dans les années 80, il n’était pas question de casque ou de chasuble fluo. Ne parlons même pas de VTC ou autre randonneuse. On avait tous pris nos vélos personnels – à l’époque, tous les ados en possédaient un – et on transportait tout le matos (tente, gamelles, bouffe, sacs ou valises – oui certains avaient des valises !) à l’arrache, amarrés à la va-comme-je-te-pousse sur nos engins. On roulait sur les routes départementales, on chantait, on gueulait contre les monos qui avaient eu cette idée de merde, on s’arrêtait tous les kilomètres pour au choix, réparer une chambre à air, boire un coup de Cacolac (la classe), consoler quelqu’un qui pleurait parce que c’était trop dur (j’ai fait partie de ceux-là)… Là, les lycéens dont je parle plus haut n’emportaient aucun matériel et étaient suivis – par la route – par des camionnettes et d’autres profs qui s’occupaient de la logistique. D’ailleurs, ils se sont arrêtés à la hauteur de Chevenon pour prendre une collation – c’est là que je les ai quittés pour poursuivre seule.

Je me souviens de peu de choses de ce périple – du mien adolescente – (dans ma tête, ça a duré des jours et des jours mais en fait, ça n’a pas dû en dépasser 5), seulement de la fin au camping de Saint-Honoré-les-Bains où les footeux se passionnaient pour un vague Championnat d’Europe. Moi, je m’en foutais déjà du foot et j’aurais bien aimé me rapprocher d’un des grands (de 2 ans mon aîné) pour lui rouler des galoches (il fallait que je m’entraîne pour être prête à la rentrée). Bon, ça ne s’est pas fait parce qu’au lieu de me rejoindre derrière les sanitaires, le gars en question a préféré aller beugler avec les autres parce que, manifestement, l’équipe de France avait gagné.

Bon, c’était encore une grosse digression pour aborder ma prise de conscience : je n’ai plus du tout l’occasion de parler à des jeunes et je trouve ça bizarre. Je parle surtout à des gens de ma génération ou à des plus vieux (de 10, 20 ans ou beaucoup plus). Quand je parle de plus jeunes, j’entends les trentenaires, les gamins, les ados, ceux qui ont la vingtaine. Mes deux meilleurs amis sont dans leur quarantaine. Je me souviens d’une époque où mon environnement social était beaucoup plus varié et donc plus riche. Il faut que je fasse quelque chose parce qu’en fait, ça me manque de ne plus échanger avec des gens de toutes les générations. J’ai l’impression que ça me coupe de possibilités différentes de voir le monde. Ceux qui ont vécu leur enfance dans les années 2000 ou leur adolescence en 2020 ont forcément une autre manière d’appréhender la vie que ceux d’avant.

Il faut que je trouve des occasions de renouer le contact avec les plus jeunes. Pour l’instant, je ne sais pas comment faire sans que ça paraisse chelou mais je vais y réfléchir…

Et vous, vous faites comment ?

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