aujourd’hui va être une putain de bonne journée

aujourd'hui va être une putain de bonne journée
Photo de Sergey Shmidt sur Unsplash

Aujourd’hui, je ne sais pas vraiment pourquoi mais je suis sûre que je vais passer une purée de pois (là, dans le corps du texte, je suis moins vulgaire… la timidité, sans doute) de bonne journée.

Pourquoi ? Je n’en sais rien du tout.

Il ne va rien se passer d’extraordinaire (enfin, rien n’est prévu dans ce style) et la journée sera sans doute aussi banale que ma vie en générale.

Je passe des journées pénibles depuis dimanche. Pas des journées horribles avec des événements terribles. Non, juste des journées où les gens me sortent par les yeux et où je suis confrontée à tout un tas de petites frictions sans importance mais qui, mises bout à bout, colorent les heures d’un truc chiant et lourd – pénible, quoi !

Ce matin, je me suis levée avant l’aube. J’ai vu le soleil apparaître. En ouvrant ma fenêtre malgré le froid (il faisait 1°), j’entendais les premiers oiseaux et cette phrase m’est venue d’un coup : aujourd’hui va être une putain de bonne journée.

Alors qu’est-ce que j’ai prévu exactement ? Comme je l’ai écrit plus, rien qui ne sorte de l’ordinaire. Je suis allée à la salle de sport pour faire ma séance « haut du corps ». Là, je suis en train d’écrire dans ce blog. Plus tard, j’irai récupérer mon camion qui sera équipé de disques et de plaquettes de frein tout neufs ainsi que d’un nouveau klaxon. J’ai un peu de boulot à boucler (une synthèse à rédiger), un article sur mon site pro à optimiser et puis il faudrait que je fasse le ménage dans la partie « chambre » de mon studio. Si je peux, je ferai aussi un tour à pied et j’irai lire au soleil dans un parc ou un jardin public.

Des tâches quotidiennes sans éclat mais qui aujourd’hui seront plus lumineuses pour moi. C’est peut-être le printemps qui déboule qui me réjouit plus qu’hier et moins que demain. C’est peut-être l’envie irrésistible de profiter de la vie. C’est peut-être autre chose. Comme je vous l’ai dit, je n’en sais rien.

Je vous laisse sur ces mots en vous souhaitant à vous aussi (et c’est sincère) de passer une putain de bonne journée.

je viens d’une ville où les papas meurent trop tôt

l'Usine en 1955
l’Usine en 1955

La petite ville dans laquelle j’ai passé la plus grande partie de mon enfance est construite autour d’une usine de la métallurgie : une aciérie. C’est cette activité qui a créé la ville tout entière et qui en a tissé le développement économique avec ses hauts et ses bas.

Et de fait, c’est cette activité qui a procuré un revenu à des centaines d’ouvriers qui ont choisi cette option pour faire vivre leur famille. Et quasiment tous mes amis d’enfance avaient un papa qui travaillait à l’Usine (oui, on le disait comme ça, avec un U majuscule). Dans nos têtes de petits humains, c’était un lieu secret où il se passait des trucs forcément dingues et dont nos papas ressortaient complètement claqués (dans mon cas, ce n’était pas mon papa biologique mais c’était pareil – et si vous voulez comprendre cette phrase, allez lire mon autofiction sur Wattpad – je publie un chapitre chaque dimanche ;-)).

A l’époque – mais je crois que ça n’a pas beaucoup changé – ils étaient nombreux à « faire les 3×8 », une organisation du travail où les horaires changeaient toutes les semaines en alternance : une semaine du matin, une semaine du soir et une semaine de nuit. Il y en avait même qui faisaient les « 5×8 », le pire qui existe en matière de travail posté (on le sait maintenant parce que de nombreuses personnes ont étudié les dégâts occasionnés sur le corps et la tête des ouvriers). Les « 5×8 » c’est 3 jours du matin, 2 jours de pause, 3 jours du soir, 2 jours de pause et on finit par 3 jours de nuit et 2 jours de pause avant de recommencer le cycle à l’infini. Sur le papier, ça pouvait séduire mais en vrai, puisque le corps n’a pas le temps de s’habituer, on l’use prématurément. Avec les « 3×8 » aussi, on l’use…

Ces rythmes de travail inhumains ne sont pas les seuls responsables du départ prématuré des papas vers l’au-delà. Comme je l’ai dit plus haut, l’Usine fabrique des alliages de tous types dans tout un tas de formats : des plaques, des fils, des tout petits bouts… Et c’est une industrie extrêmement polluante (et évidemment située en bordure d’une petite rivière et d’un fleuve, histoire de refroidir les machines mais aussi de faire disparaître tout ça ni vu ni connu).

Lorsque j’étais petite, les grosses cheminées crachaient assez régulièrement des fumées oranges très épaisses mais quand on posait des questions ou qu’on toussait un peu trop, on nous répondait que « ce n’était rien » ou « pas grave » et qu’il valait mieux ne pas ouvrir les fenêtres quand même, mais juste « au cas où »… On entendait également souvent les sirènes de l’usine (déclenchées en cas de pollution dans la rivière ou le fleuve) mais ça non plus, ce n’était pas grave. Bon, les grands nous conseillaient quand même d’aller pêcher avant l’Usine – et pas après. Mais bizarrement le conseil n’était pas le même pour le club de kayak qui s’entraînait sous le pont (et donc, après l’Usine). Voilà, voilà…

Et donc, ça plus ça plus le fait qu’à l’époque fumer deux paquets de gitanes maïs par jour et boire un litre de vin rouge (litron qui avait été, pour les plus anciens, fourni par l’Usine – c’était indiqué sur leur contrat de travail) n’étaient pas considérées comme des addictions dangereuses. Et bien tout ça mis bout à bout fait que nos papas sont tous morts plus tôt que prévu de maladies dégueulasses.

Alors maintenant, l’Usine met en place des procédures anti-pollution et tout un tas de formations « Santé et sécurité » (ah bah oui, j’ai oublié de dire qu’ils étaient également nombreux à mourir sur leur poste parce que leurs tâches étaient évidemment dangereuses et les conditions de travail très difficiles – imaginez-vous en train de bosser à côté d’une énorme marmite de métaux en fusion) mais tout le monde sait bien que rien de tout ça ne fonctionne réellement et que c’est organisé pour couvrir l’Usine au cas où. Encore aujourd’hui (je connais des personnes qui travaillent en son sein), les trucs chimiques déversés dans la rivière ne « sont pas toxiques ». Il n’y a pas de soucis à se faire.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, quoi !

je ne suis plus un cœur d’artichaut

Je ne suis plus un cœur d’artichaut. Ce blog en témoigne, pendant toutes les périodes où je n’étais pas « en couple », j’étais sans arrêt en train d’avoir des béguins pour le premier gars un peu agréable à regarder venu… Mais, depuis ma séparation définitive d’avec mon dernier mec (en 2019 – et oui, le temps passe) : rien, nada, que’d’chie.

Depuis 2019, je n’ai pas eu un seul coup de cœur : je n’ai croisé aucun garçon (ni aucune fille) qui aurait pu provoquer ce truc en moi.

Au début, mon système interne me lançait des appels désespérés : « il faut absolument que tu trouves un mec », « là, celui-là, ça pourrait le faire, non ? », « il faut que tu sois de nouveau aimée sinon tu vas mouriiiiiir !!!! » et blablabla. Et puis, ça ne s’est pas fait. Et aujourd’hui je peux dire sans « faire style » que je suis très heureuse de ma situation.

Dans mon histoire, pour être « à deux », il a toujours fallu que j’avale pas mal de couleuvres, que j’accepte des situations inacceptables, bref, que je me soumette d’une manière ou d’une autre. Et depuis 7 ans maintenant, c’est fini. Je suis libérée de cette injonction d’être deux et donc de l’injonction de faire en sorte que ça tienne, coûte que coûte. Cela m’a coûté bien trop cher.

D’aucun·e vont se (et me) dire que c’est parce que je me protège. Merci les psys de comptoirs ! Oui, je me protège parce que je trouve que ma santé est précieuse. Mais ça n’explique pas pourquoi je ne trouve aucun mec attirant sur le plan physique (je reprécise que je ne trouve aucune fille attirante non plus – l’hypothèse qui serait qu’à la ménopause, les femmes seraient plus promptes à devenir lesbiennes tombe à l’eau – et entre parenthèses (c’est le cas de le dire), la plupart des femmes qui « deviennent » lesbiennes à cet âge-là l’ont sans doute toujours été (lesbiennes ou bi) et peut-être qu’elles trouvent avec la maturité le courage, l’audace, l’envie… de se l’avouer enfin et de vivre selon leur propre orientation sexuelle).

Est-ce que je déteste les mecs ? Pas le moins du monde. J’ai d’ailleurs plus d’amis que d’amies.

Autre chose : je hais ce « jeu » de la séduction où les gens prennent des poses et disent des choses qu’ils croient que les autres veulent entendre (attitude qui n’est malheureusement pas réservée à la sphère amoureuse, loin s’en faut). C’est pour moi une manière totalement stupide de se comporter (à mon âge, ça va bien les conneries !). Désormais, lorsque je croise quelqu’un, je suis allégée du poids de ce fond de truc pas clair : vouloir être aimée ou au moins espérer de ne pas déplaire. Mais doucement l’animal, je ne dis pas non plus que je suis complètement (et définitivement) libérée du regard des autres – je ne vis pas dans cette illusion.

Non, y’a seulement que j’aime vraiment beaucoup être célibataire comme je l’ai expliqué sur ma chaîne youtube il y a plus d’un an. C’est la seule vidéo à propos de laquelle j’ai reçu des dizaines de commentaires haineux et de menaces (et pourtant, cette vidéo sur ma chaîne – qui totalise à peine 2000 abonnés – ne casse pas trois pattes à un canard). J’ai effacé les susdits et suis passée à autre chose sans m’en émouvoir. Mais c’est dire l’ampleur des débilités qu’on vit sur les « réseaux sociaux ». L’un des commentaires me précisait que vu que j’étais moche et vieille, je rationalisais (je traduis la prose du gars) et qu’en fait, je disais que je ne voulais pas de mec parce que je n’avais pas le choix ! Hypothèse recevable mais après enquête il s’avère que je l’ai, le choix.

J’ai perdu le goût, tout simplement. C’est sans doute temporaire (de la forme « temporaire qui dure ») mais pour l’instant, ça me convient parfaitement. Peut-être qu’un jour, je rencontrerai un gars qui vaut le coup que je quitte le célibat (et pour lequel, je vaudrais le coup aussi) mais j’ai bien l’impression que ce n’est pas encore pour maintenant. Mes standards en la matière ont pas mal évolué depuis 2019 et surtout, je ne suis plus du tout tentée par l’expérience. Merci mais non ; j’ai bien d’autres choses plus satisfaisantes à faire en ce moment.

Bon je dis ça mais comme nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, vous comme moi savons très bien qu’on n’est jamais à l’abri d’une rechute. Alors je reste sur mes gardes, au cas où…

un projet déjà vieux

J’ai mis le point final à ce texte il y a 5 ans déjà et depuis, je n’ai rien écrit (enfin si, j’ai beaucoup écrit pour mon travail (et j’écris toujours sur mon site professionnel) mais ça n’a pas grand chose à voir).

Pendant toute l’écriture, j’étais en colère et j’avais besoin de poser quelque part tout ce passé qui m’encombrait. Je pensais qu’une fois que ce serait fait, ma créativité se réveillerait et que je pourrais enfin me réaliser dans l’écriture (comme un fécalome qui, une fois enlevé, libère l’intestin). Je rêve d’être écrivain (ou écrivaine – prenez ce que vous préférez) depuis mon enfance. Mais je rêve aussi d’être jardinière, chanteuse, naturaliste, de tenir un bar-camping-conciergerie… enfin vous voyez, quoi !

Mais depuis 5 ans, j’ai arrêté d’écrire. La muse écrasée contre mon quotidien pas drôle, je n’ai réussi à faire avancer aucun des projets que j’ai débutés. Empêtrée, enfermée dans des peurs et des angoisses que je parviens seulement depuis quelques mois à endiguer (ah oui et aussi, j’ai fait une dépression – post partum ??), j’étais aux prises avec des « à quoi bon » et des doutes insupportables.

Cependant, depuis quelques semaines, je sens que quelque chose s’éveille à nouveau. La preuve, j’ai de nouveau envie d’écrire ici. Les braises sont minuscules et j’ai besoin d’un souffle continu pour les raviver.

Je ne fais pas de plans sur la comète (ne vous moquez pas de mes expressions, je suis une vieille personne – ou alors si, moquez-vous mais faites preuve d’originalité ;-)). Je ne me donne aucun objectif. Je vais essayer de surfer la vague, tranquillement, comme si je savais le faire.

montre jamais ça à personne

montre jamais ça à personne

Et oui, c’est encore moi !

Je ne connaissais pas vraiment Orelsan avant de regarder ce documentaire il y a quelques années. Je n’écoute pas beaucoup de rap. Parfois quelques vieux trucs de NTM et depuis quelques temps du rap espagnol féministe – et en particulier Tribade (que je vous conseille).

Bon, ce n’est pas de rap dont je voulais parler aujourd’hui mais de processus créatif, de persévérance, de l’importance de l’environnement etc.

J’ai adoré ce doc parce qu’on y voit l’évolution d’un petit gars qui fait du rap dans sa chambre (comme sans doute des centaines de jeunes) et qui s’accroche à ce truc jusqu’à devenir le rappeur qu’on connait aujourd’hui.

Et ce qui est génial, c’est que malgré le succès, il continue de douter, de se planter, d’avoir envie d’arrêter. Il souffre du syndrome de l’imposteur perpétuellement et… il continue envers et contre tout. Il faut dire qu’il est soutenu par un groupe de potes (les mêmes depuis le début) – et une famille – qui le soutiennent quoi qu’il arrive, qui ont confiance en sa capacité à dépasser ses peurs et ses angoisses.

J’ai connu des groupes de potes qui fumaient des pétards et buvaient trop (c’est-à-dire avec les mêmes conditions de vie au départ) mais je n’ai jamais vu cette fraternité pour aller vers le haut et se dépasser (j’ai plutôt vu le contraire : une spirale infernale qui mène vers le statu quo sur le canapé défoncé du salon – des gars qui auraient pu mais qui n’ont rien fait et qui rêvent encore à 50 ans de la vie qu’ils auraient pu avoir si et si et encore si – je suis un peu comme ça).

Dans la dynamique que ces petits gars ont impulsé, chacun d’entre eux a eu l’opportunité de se réaliser dans son propre domaine et je trouve ça transfigurant (pas sûre que ce mot convienne mais là, tout de suite, c’est le seul qui me vient).

Je vous en parle aujourd’hui parce que j’ai revu la série (il y a deux saisons) et que je crois qu’il est vraiment à regarder si on y voit autre chose que le documentaire d’un fan (son frère) sur un rappeur.

Et puis, il me rassure même si je ne suis pas un petit gars de Caen qui veut chanter…

Du coup, j’écoute un peu plus de rap :-D.