Tout est dans le titre mes amis ! Je n’ai pas encore publié la nouvelle #15 parce qu’elle n’est pas encore écrite. J’aurais pu/du (cul) – j’avoue, ce n’est pas drôle – afficher à la place la tête de l’affreux jojo mais non, le thème me donne envie. Du coup, j’ai prévu d’essayer de l’écrire pour vendredi prochain.
Je travaille beaucoup en ce moment. Je prépare mon départ alors j’ai besoin d’argent. Je me rends compte aussi que je suis sans arrêt en train de cumuler des tas de projets en tous genres et ça me saoule. Je vais essayer de me concentrer sur ce qui me tient le plus à cœur. L’écriture en fait partie mais si ça devient une obligation et que j’en souffre, c’est débile.
Je dors très peu en ce moment pour cause de bouffées de chaleur incontrôlables (elles amputent au minimum 2 heures de chacune de mes nuits depuis mi-septembre). Faudrait que je vous raconte ça un jour parce que ce n’est pas un sujet extrêmement populaire. C’est un signe de vieillissement et comme chacun le sait la vieillesse, c’est mal et ça craint un max (j’espère que vous avez compris que je suis ironique).
Bref, en ce moment j’essaie de me recentrer sur trois choses : mon corps, mon boulot et quand j’aurais plus de temps, l’écriture. La nouvelle #15 viendra donc quand elle viendra… sûrement vendredi prochain.
Cela fait maintenant 2 longs mois que je vous ai renvoyé mon
manuscrit » La vie secrète des Wichgestein » dans lequel je relate les
petites histoires peu reluisantes de cette grande famille d’industriels. Comme
vous le savez, j’ai passé de très nombreuses années au service de cette maison
; j’ai donc eu accès à leurs secrets les plus avilissants. Le patriarche étant
mort l’année passée, il me semble que le moment est on ne peut plus opportun
pour le publier.
Vous avez du le constater, j’ai effectué toutes les
corrections que vous m’aviez suggérées. J’ai également modifié les noms des
personnes et des lieux afin de préserver l’anonymat de mes personnages.
Je ne peux pas imaginer que les relations que vous avez eues
avec cette famille puissent être la cause de votre silence. Bien entendu et
comme convenu, je tairais cette fâcheuse affaire vous impliquant, vous et la
fille, autant que je pourrais le faire. J’ai bien peur cependant qu’une
personne indélicate ou malintentionnée puisse faire fuiter certaines
informations dans la presse. La parution de mon livre constituerait sans aucun
doute un paravent bien à propos, vous évitant la disgrâce et surtout quelques
problèmes embarrassants avec votre épouse et la justice.
Je suis persuadée que vous saurez faire preuve de diligence
dans le règlement de ce retard et que vous réunirez au plus vite le comité de lecture
avec lequel vous définirez la date de sortie en librairie de cet ouvrage que de
nombreuses personnes attendent impatiemment. Soyez assuré de ma discrétion et
de l’attention particulière que je porterai à la lecture de votre réponse,
attendue sous huitaine.
Je vous envoie toutes mes amitiés. Saluez donc votre
charmante épouse de ma part.
Cette semaine, j’accueille Sandrine sur mon blog ! Elle est l’heureuse rédactrice de New Life In Sweden, un blog qui traite de… sa nouvelle vie en Suède. Allez donc faire un tour vers son magnifique blog plein de photos qui donnent envie de se blottir dans les bras d’un beau et fort viking (euh, je m’égare).
Du coup, c’est elle qui a rédigé la nouvelle ci-dessous que je vous laisse savourer.
Comme tous les dimanches, je me rends chez ma mère. Ce rendez-vous dominical, nous l’avons instauré en 1994 à la mort de mon père. Tous les dimanches, on fait le tour des nouvelles de la famille, les bonnes comme les mauvaises, les angoisses de la vieillesse, la disparition des proches… Bref tous les petits tracas de la semaine écoulée. Et moi, j’écoute, j’acquiesce, je me veux attentive, je ne sais pas comment je serai à son âge ! Parfois, ces dimanches sont un réel plaisir, un besoin d’être auprès de celle qui a toujours été là, parfois, ils sont pesants, déprimants, on fait toujours le tour des grands et des petits maux de tout le monde et alors ils deviennent une véritable contrainte et je n’ai plus qu’une envie, partir !
Alors voilà un nouveau dimanche. Je prends le
soin de me garer devant le garage, ni trop proche, ni trop loin comme si mon
père me regardait encore et j’entends toujours ces remarques désobligeantes :
« tu es trop près, on ne peut plus passer, mais où est-ce que tu as appris
à conduire ? Pfff, les femmes au volant, n’importe quoi ! »
Je sors tranquillement de ma voiture et
l’odeur habituelle de la tarte aux pommes envahit mes narines. Et oui tous les
dimanches c’est le même rituel : tarte aux pommes et café noisette !
Cette odeur familière m’accompagne jusqu’à la porte d’entrée, une odeur de
pommes caramélisées ni trop sucrée, ni trop acide, saupoudrée d’un trait de
cannelle et de vanille. Mélangée au café qui sort fumant de la cafetière et ma
madeleine de Proust est là. Je prends le temps de savourer cet instant avant de
franchir l’année du jardin qui me mènera jusqu’à la sonnette. Ce moment si
familier à la fois rassurant et contraignant, un paradoxe dont je ne pourrais
pas me passer.
Enfin, je sonne, j’entends les pas traînant s’approcher doucement et ma mère ouvre en grand sa porte et me serre dans ses bras. Je retrouve alors la chaleur de mon enfance, la sécurité, l’épaule toujours prête à m’accueillir sauf que maintenant c’est moi qui dois légèrement me baisser pour l’embrasser. Ce moment on l’attend toutes deux, c’est notre moment.
Après avoir accroché mon manteau dans
l’entrée, je me glisse dans le salon et je me colle contre la cheminée. La fin
de l’automne est là et le doux crépitement du feu réchauffe cet après midi
grisâtre et pluvieux. Ma mère a disposé sur la table basse les tasses de café
en porcelaine de Limoges et des assiettes à dessert représentant les grands
monuments parisiens. Je profite de ces quelques minutes pour laisser divaguer
mon esprit vers de lointains souvenirs et je nous revois enfants, avec mon
frère en train de faire une partie de monopoly assis par terre près de la
cheminée. Les jeux de société nous permettaient d’occuper ces longues journées
automnales. Lui si pétillant et moi timide et renfermée, on était complice, on
riait, on ne se disputait jamais. Et mon père qui rouspétait « Vous
rangerez tout quand vous aurez terminé. Et celui la là-bas, vous ne jouez plus
avec, pourquoi vous l’avez laissé là ? »
De la cuisine, ma mère me demande si je prends toujours une touche de crème dans mon café, ou si j’ai besoin d’autre chose. Je lui demande de m’amener un verre d’eau avec le café. Elle arrive à pas lents, le plateau argenté chargé du café fraîchement coulé, de la crème, du sucre roux, de mon verre d’eau et de la fameuse tarte aux pommes.
Elle s’installe dans le fauteuil et nous sert deux tasses de café fumant avec un nuage de lait pour moi et un sucre. Elle coupe deux morceaux de tarte et alors elle me demande : « Comment s’est passée ta semaine ? » C’est ainsi que toutes nos conversations commencent. Je lui fais un rapide point des événements importants tout en remuant mon café puis je lui lance à mon tour : « Et toi, quoi de neuf cette semaine? Tout le monde va bien ?».
Alors, elle commence à faire le tour des
nouvelles de la famille, à évoquer tous les petits soucis des uns et des autres
et moi je l’écoute patiemment tout en dégustant mon morceau de tarte. Après
quelques heures, je décide d’aller retrouver les miens et je prends congés. Sauf
qu’aujourd’hui en partant, je me suis dit : « sa tarte aux
pommes n’était pas terrible mais il faut dire qu’elle n’a qu’une seule
main ! »
Bon, c’est presque fini. Elle commence à aller mieux. Trois jours qu’elle se démène comme une dingue pour redonner à la maison un semblant d’ordre et de propreté. C’est toujours le même rituel quand ils rentrent de vacances. A peine a-t-elle franchi la porte qu’elle se transforme en madame ménage : il faut tout ranger, tout laver, s’occuper du courrier, des factures, aller chercher le chien chez les voisins, accepter le café offert, prendre le temps de discuter quand même un peu en leur tendant le traditionnel cadeau (oh, mais il ne fallait pas Stéphanie !).
Cela fait plusieurs années qu’elle s’est créé des petites routines et des procédures stables sur lesquelles elle peut s’appuyer pour ne rien oublier ni laisser passer. Ça l’aide énormément d’être organisée. Déformation professionnelle. Au boulot, ses collègues aiment bien la taquiner mais ils sont bien contents de pouvoir compter sur elle quand ils veulent remettre la main sur une facture égarée ou un numéro de téléphone. Son patron ne pourrait pas se passer d’elle. Elle sait tout sur tout. Chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. C’est une de ses devises favorites.
A la maison, c’est le même programme. Depuis que les enfants
vont tous les deux à l’école, l’organisation entière du quotidien repose sur
ses épaules. Son mari rentre tard, quand il rentre. Il part souvent en
déplacement dans toute la France et là encore, elle se doit de tout préparer
pour que son voyage se passe le mieux possible. Elle est très fière de se
sentir utile. Ménage, courses, devoirs des enfants, planification des
rendez-vous médicaux, organisation des goûters ou des activités extra-scolaires
sont des compétences qu’elle a développées au cours du temps. Elle s’est même
mise à la cuisine. Elle est assez fière de tout préparer et d’être sûre que ses
enfants et son mari mangent de bonnes choses – surtout qu’avec son entraînement
de triathlon, il est obligé de suivre un régime spécial et ne peut se permettre
aucun écart.
Au début de leur mariage pourtant, elle ne savait rien
faire. Il le lui reprochait d’ailleurs souvent. A l’époque, elle ne travaillait
même pas. Elle passait son temps à lire et à regarder la télé – les séries et
les émissions de début d’après-midi la passionnaient.
Lorsqu’elle tournoie comme ça dans toute la maison avec son
aspirateur et son pschitt-pschitt désinfectant, elle se sent vivante et à sa
place. Rien ne peut lui arriver de mal : elle protège sa famille contre les
bactéries et les acariens, telle une déesse surpuissante.
Ça y est, c’est fini. Elle peut enfin s’effondrer sur le canapé,
satisfaite du travail accompli. Mais enfin, qu’est-ce que c’est que cette
marque, là, sur le mur d’en face, à 10 cm du nouvel écran plat ? On dirait du
sang.
Vite ! Il faut absolument qu’elle nettoie ça. Un coup
d’éponge devrait suffire.
En fait, ce n’est pas du tout du sang. La substance,
graisseuse, s’étale au contact de l’eau. On dirait du rouge à lèvres. Mais qui
diable a-t-il pu coller du rouge à lèvres à cet endroit ? Et de cette couleur
en plus ! Jamais elle ne porterait une teinte aussi voyante. Si c’est Lisa,
elle va l’entendre, non mais !
– Lisa ? Lisaaaaaaaaaa !!
– Ouais m’man. Qu’est-ce que tu as à crier comme ça ?
– Où planques-tu ton maquillage ?
– Quoi ? Non mais t’es ouf, m’man. Tu sais très bien que ça
me dégoûte tous ces trucs de vieille.
– Je sais que tu as du rouge à lèvres et du bien rouge en
plus !
– Non mais t’es sérieuse, là ?
– Bon très bien, viens avec moi dans le salon.
– Alors, qu’est-ce que c’est que cette marque là, sur le mur
?
– Du rouge à lèvres.
– Ah, je le savais.
– Mais ce n’est pas à moi. Tu ferais mieux de t’adresser à papa.
– Tu crois vraiment que ton père n’a pas autre chose à faire que de s’intéresser à une trace de maquillage ?
– Papa, non mais sa copine Nathalie, sûrement.
Elle n’a rien répondu. Abasourdie, le souffle coupé. Lisa,
sa grande fille, insinuait des choses qu’elle ne pouvait pas accepter de
penser. Elle ne poserait pas de question supplémentaire. Il y a des choses qu’elle
ne voulait pas savoir.
C’est étrange. Je n’avais jamais remarqué qu’il y avait des
arbres à droite du bassin principal. Ils y sont pourtant depuis toujours,
forcément. Est-ce leurs couleurs qui me les rendent accessibles aujourd’hui ?
Comment se fait-il que j’ai pu passer tout ce temps à regarder par cette
fenêtre sans rien discerner des nuances que le parc m’offrait ? Est-ce
seulement possible d’être aveugle à ce point ? Toutes ces années, tous ces
doutes, tous ces sacrifices sans avoir conscience que j’avais un paradis devant
les yeux.
J’étais loin de tout, par la force des choses. Je l’avais tellement voulu ce château que je m’y suis enfermée, coincée, claquemurée et j’avais fait ce que je devais faire. A cette époque, une femme seule n’aurait pas été respectée, même une de Moûtier. Je n’ai profité de rien. J’ai toujours vécu dans l’ombre. Un demi-siècle perdu. J’aurais dû courir à travers le parc, me saouler de soleil, mettre mes mains dans cette terre qui était mienne. Mais j’étais jeune, intéressée par d’autres trésors, moins salissants. J’avais choisi les dorures et les billets, le champagne, les mets raffinés et les tenues délicates.
Désormais, mes sens sont altérés et il est sans doute trop tard. Ma peau ne sent plus aussi bien la texture des étoffes précieuses que je porte. Pourtant, je ne dois pas ce que je vois ce matin pour la première fois à un changement de lunettes. J’ai désormais accès à la beauté. Je me réveille d’un trop long sommeil sans rêve. Le parc entier est nimbé d’une lumière saisissante. Je vois enfin la multitude des ocres et des verts, des azurs et des grenats. Au loin, le parc est encore embrumé. Il va faire beau aujourd’hui. Sentir la mousse sous mes pieds nus. Respirer le parfum des grands cèdres, toucher leur grand tronc rugueux.
Je demanderai à Philippe de m’accompagner cet après-midi. Faire le tour du domaine, m’approcher de cette forme blanche qui se reflète dans l’eau. Une sculpture ? Qui a bien pu la placer là et quand ? Je distingue au loin un chemin que je n’ai jamais pris. On m’a dit que des promeneurs y passent de temps en temps, pour profiter de la douceur de la pente et du point de vue sur le village.
Bon, j’ai fait très court cette semaine… Je n’ai pas été très inspirée.