Depuis de très nombreuses années, ma routine du matin inclut 10 à 15 minutes de lecture d’un essai. Et généralement, cet essai est en anglais – pas pour me la péter mais pour essayer de conserver un peu de ma compétence à comprendre cette langue (que, par ailleurs, je parle très mal).
Tout ça pour dire qu’en ce moment, je lis ce bouquin :

Et merci bien madame de l’avoir écrit parce qu’en le lisant, je m’aperçois que je possède tous les symptômes de la personne qui cultive le statu quo. Moi qui me croyais un chouia aventureuse dans la vie – pour la bonne raison qu’elle ne ressemble à aucune autre, mais quelle vie ressemble à une autre ? – je prends conscience depuis ce matin que, finalement, ça fait un bail que j’ai arrêté de cultiver cet état d’esprit (et à bien y réfléchir, je me demande même si je l’ai cultivé un jour…).
Je vous copie-colle le passage qui m’a mis la puce à l’oreille (utilisez un traducteur parce que j’ai la flemme) :
« At that point, we tend to fall back on one of three defense mechanisms, where we abandon our curiosity, our ambition, or both:
Cynicism: Doomscrolling, passing up opportunities, poking fun at earnest people. Like the Beast before he meets Belle, we see transformation as a source of meaningless work, and we abandon any desire to build a good life. Why suffer when we can just survive?
Escapism: Retail therapy, binge watching, dream planning. Like Peter Pan, we confine ourselves to an island where we can break free from the burden of our responsibilities, an idealized place to get away from the uncertainty of our lives.
Perfectionism: Self-coercion, information hoarding, toxic productivity. We treat ourselves the way the stepmother treats Cinderella—“from morning until evening, she had to perform
difficult work, rising early, carrying water, making the fire, cooking and washing”—with no rest or time for ourselves.
These are not personality types. Rather, they’re shields we raise in the face of uncertainty. We can shift between them depending on our circumstances. »
Plus loin, l’autrice illustre la chose avec un schéma :

Et malheureusement pour moi, j’ai des preuves que je me complais à rester dans les trois quadrants tout pourris qu’elle décrit.
- Cynisme : je reste dans mon studio de 15 m2 alors que vivre dans ce truc est infernal (chaud l’été, froid l’hiver, rue très très très bruyante), je reste à Nevers alors que j’ai été totalement incapable de créer autour de moi un oasis de fraternité (je paraphrase Edgar Morin – paix à son âme – je ne l’ai pas assez lu), je viens de refuser une offre d’achat pour l’autre appartement que je possède ici (proposition insuffisante mais qui aurait quand même pu me permettre d’avoir un petit pécule pour acheter une petite maison à la campagne), mes activités professionnelles ne me déplaisent pas mais ne me permettent pas de gagner ma vie correctement et n’ont rien à voir avec ce que je veux vraiment faire pour la gagner – et pourtant, je continue comme un bon petit soldat…
- Évasion de la réalité : je passe ma vie à planifier des trucs qui n’arrivent jamais, je regarde en boucle des vidéos motivationnelles sur youtube sans rien faire (ou si peu) après, je me perds dans des vidéos de récits de voyage vers le lointain, je me gave de séries en tout genre, je rêve à ma vie de quand je serai grande alors que j’ai déjà 55 ans et tout est à l’avenant.
- Perfectionnisme : je remplis mon quotidien de longues listes de trucs à faire, j’ai des routines pour tout et des objectifs hebdomadaires, mensuels et annuels qui remplissent les vides mais ne me comblent pas vraiment – et surtout, qui ne me mènent pas du tout vers les rêves sus-cités.
Bref, c’est la merdasse mais j’ai quand même le moral – ce qui est très étonnant. Il y a quelques années, cette prise de conscience m’aurait menée directement dans l’enfer des ruminations mais là, bizarrement, ça passe.
Il fait beau, les oiseaux chantent et moi, j’apprends la vie.
N’est-ce pas toi qui est partie, il n’y a pas très longtemps, au Mexique et à l’aventure ?
C’était il n’y a pas si longtemps (mais en fait si : 3 ans). Je crois que j’entends de nouveau l’appel du large et que j’essaie de faire comme si de rien n’était.