
J’habite dans un très petit appartement sous les toits, en centre-ville et dans une rue très bruyante. Donc, en ce moment, c’est invivable !
J’ai donc pris le taureau par les cornes et suis allée me poser dans mon camping préféré (j’y vais tous les ans) avec mon camion, en pleine forêt. Il fait toujours aussi chaud mais au moins, je peux m’ébattre tranquillement à poil (ah oui, c’est un camping naturiste), profiter de la piscine (petite mais suffisante pour se rafraîchir) et surtout dormir.
Dans ce genre d’endroit, pas la peine de se claquemurer la nuit dans son véhicule – je dors donc toutes portes ouvertes (avec des moustiquaires – j’ai oublié de les installer la première nuit, mon corps s’en souvient). Je m’endors et me lève avec le son des oiseaux. Bref, c’est le pied intégral.
Si je pouvais, j’y resterais tout l’été mais je ne peux pas parce que 1. ça a un coût et je ne suis pas riche (et même pauvre si j’en crois la définition du seuil de pauvreté) et 2. je dois rentrer en ville jeudi pour faire passer le contrôle technique au Jumpy.
Ici, les jours s’écoulent tranquillement et je ne suis pas gênée par les voisins. Actuellement, sur l’ensemble du terrain (2 ou 3 hectares à vue de nez), nous sommes cinq personnes (je ne compte pas les loirs qui squattent l’espace entre les douches et le mur). Un couple devrait arriver bientôt pour quelques jours mais un autre partira. Jauge identique, donc à part s’il y a des naissances dans la communauté des loirs (je ne connais rien à la saisonnalité de la reproduction des loirs).
Je travaille à un autre rythme (évidemment, je me couvre le haut du corps pour les visios – bande de pervers). Et je viens de découvrir un truc incroyable : lorsque je suis loin de mes habitudes quotidiennes, je retrouve ma créativité.
Et là, pof je viens de recommencer à écrire. Et pas une autofiction comme les Chroniques d’une femme en désordre (allez le lire, je publie un chapitre toutes les dimanches matin – petit aparté dans la parenthèse : à votre avis, mérite-t-il d’être autopublié en version papier ?) mais un roman. Je croyais que j’étais incapable d’écrire de la fiction mais on dirait bien que je sois en train de passer outre certaines de mes convictions.
J’en suis à la phase où je prends des notes en vrac. Et comme ce n’était pas du tout prévu que j’écrive, je n’avais pas de beau carnet sacralisé dédié à cette activité. Heureusement, dans le fond d’une caisse ikéa du camion, il y avait un vieux cahier tout pourri et des stylos (bon ça, j’avoue, j’en ai toujours sur moi).
Ça me prend par poussées : quand j’ai une idée (bonne, mauvaise, pour l’instant je m’en contre-fous), je la gribouille dans le cahier et là, ça démarre le processus : j’écris des idées et encore d’autres idées et des bouts de phrases et des prénoms, des lieux, des trucs et des machins… Parfois, ça peut durer une heure sans s’arrêter (j’ai tellement perdu l’habitude d’écrire avec un crayon que j’en ai mal à la main).
Là, je commence à voir une histoire se dessiner. Il y a encore des tas de trous, d’inconnues, de questions en suspens… Ce ne sont que des notes, rien n’est rédigé. Ça ne fera peut-être jamais un bouquin mais purée de pois que je me sens libre. Quand le processus s’arrête, je ne me sens pas épuisée, je suis juste heureuse, contente de moi d’avoir saisi mon cahier et mon crayon et d’avoir jeté tout ça en vrac plutôt que de ne pas l’avoir fait (comme d’habitude). C’est un sentiment que je vous souhaite de ressentir.
Sur ce, je vous laisse : la piscine m’appelle.